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Comment rendre sa résidence insaisissable ?

La loi du 1er août 2003 permet aux exploitants individuels de rendre leur résidence principale insaisissable.

Par Delphine Gourbeyre, le 20/03/2007

Parmi les chefs d'entreprise, on a coutume de distinguer les dirigeants de société des entrepreneurs individuels. Car l'exploitation individuelle, à la différence de l'exploitation en société, ne permet pas de séparer le patrimoine affecté à l'exploitation de l'entreprise du patrimoine familial de l'entrepreneur, de sorte que, en cas de difficultés, le patrimoine familial de l'exploitant, et en particulier sa résidence d'habitation, peut servir de gage à ses créanciers professionnels.
C'est pour éviter cette déconvenue que la première loi Dutreil(1) a offert aux exploitants individuels la possibilité de rendre leur résidence principale insaisissable.
Plus précisément, ce sont toutes les personnes immatriculées à un registre de publicité légale à caractère professionnel ou exerçant une activité professionnelle agricole ou indépendante qui peuvent rendre insaisissable leur résidence principale. Sont donc concernés à la fois les exploitants individuels commerçants, les artisans, les agents commerciaux, les professions libérales et les agriculteurs.
Mais - et on ne peut que le regretter - cette faculté ne bénéficie pas aux chefs d'entreprises exploitées sous forme de sociétés à responsabilité limitée (SA, SAS, SARL) qui se portent personnellement caution pour elles.
Une protection contre les créanciers professionnels
La déclaration d'insaisissabilité joue à l'égard des créances professionnelles, c'est-à-dire des créances nées, après publication de la déclaration, à l'occasion de l'activité professionnelle du déclarant. Elle rend donc insaisissables par les créanciers professionnels les droits détenus sur le logement dans lequel est fixée la résidence principale du déclarant. Peu important alors qu'il s'agisse de droits en pleine propriété, en jouissance ou en nue-propriété, et que l'immeuble soit un bien propre, commun ou encore indivis.
Cependant, elle nécessite de respecter un formalisme rigoureux. Avant tout, elle doit être établie par un notaire, sous peine de nullité, et comporter la description détaillée de l'immeuble et l'indication de son caractère propre, commun ou indivis.
Elle doit ensuite faire l'objet de formalités de publicité destinées à la rendre opposable à tous. La première de ces formalités de publicité est la publication de la déclaration au bureau des hypothèques du lieu de situation de l'immeuble. Elle marque le point de départ de l'insaisissabilité. La seconde formalité de publicité consiste dans l'obligation de porter mention de la déclaration sur le registre de publicité légale à caractère professionnel auquel le déclarant est immatriculé. Enfin, si le déclarant immatriculé à un registre est marié sous un régime de communauté, il doit justifier que son conjoint a bien été informé des conséquences sur les biens communs des dettes contractées dans l'exercice de sa profession.
Une déclaration à manier avec précaution
Destinée à protéger les entrepreneurs individuels, la déclaration d'insaisissabilité a aussi son revers de médaille. Car, privés de la possibilité de se payer, le cas échéant, sur le prix de la résidence de l'exploitant - qui généralement constitue l'élément le plus important de son patrimoine -, certains créanciers professionnels risquent d'être plus réticents à apporter à l'entrepreneur individuel leur concours financier. Un élément à prendre en compte, surtout au moment de la création de l'entreprise.
Même si la déclaration d'insaisissabilité n'est pas irrévocable. L'entrepreneur peut en effet toujours renoncer à l'insaisissabilité. La renonciation doit alors prendre la forme d'un acte notarié et faire l'objet des mêmes mesures de publicité que la déclaration initiale.
Cette renonciation ne vaut alors que pour l'avenir. Par conséquent, les créanciers de l'entrepreneur dont les créances sont nées entre la date de publication de la déclaration initiale et celle de sa renonciation ne peuvent pratiquer de saisie sur la résidence principale de l'exploitant.

(1) Loi n° 2003-721 pour l'initiative économique du 1er août 2003, article 8 (articles L 526-1 et suivants du Code de commerce).
La vente de la résidence principale
En cas de cession d'un logement déclaré insaisissable, le prix obtenu par le chef d'entreprise demeure insaisissable à l'égard des créanciers dont les droits sont nés après la publication de la déclaration, à l'occasion de son activité professionnelle. Seule condition posée : que le prix de vente soit réemployé dans le délai d'un an pour acquérir la nouvelle résidence principale. Les droits sur la résidence principale nouvellement acquise restent alors insaisissables par les créanciers professionnels à hauteur des sommes réemployées, dès lors que l'acte d'acquisition contient une déclaration de remploi des fonds.

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News 14/03/10