Stopper l'alcoolisme au travail
Aujourd'hui, fermer les yeux sur la consommation d'alcool dans son entreprise peut avoir de graves conséquences. Mais face à ce fléau, les tabous sont encore tenaces et il n'est pas toujours facile de gérer le risque alcool.
Par Florence Jarry, le 10/04/2008
Doit-on pour autant interdire la moindre goutte d'alcool dans son entreprise ? « Tout dépend de l'activité de l'entreprise et de ses responsabilités : dans une centrale nucléaire, dans les transports, quand il y a maniement de machines dangereuses, le zéro alcool paraît évident ! », considère Frédéric Leclerq. Mais, aujourd'hui, les entreprises de tous les secteurs d'activité sont de plus en plus nombreuses à interdire la consommation d'alcool dans leur règlement intérieur. Mais pas toujours bien perçus par le personnel, les pots au jus d'orange risquent de favoriser la consommation cachée. L'idéal : limiter l'alcool lors des pots de départ : une bouteille de champagne pour tant de personnes, par exemple, et le reste en boissons sans alcool.
Indéniablement, le plus problématique dans l'entreprise reste de gérer la dépendance à l'alcool de certains salariés : « Pas toujours facile d'avoir la bonne attitude face à un alcoolo-dépendant. Surtout, pas de compassion ! Souvent, les collègues ont tendance à cacher cette situation en l'aidant, en faisant le travail à sa place. C'est une grave erreur car on finit malgré soi par prolonger l'occultation du tabou », met en garde Bertrand Fauquenot. Patrick Buchard, ancien buveur, aujourd'hui consultant, intervient dans les entreprises pour aider les salariés à sortir de l'alcoolisme : « En vingt ans, on a réinséré plus de 1 800 malades. Si leurs employeurs les avaient licenciés au lieu de leur tendre la main, ces gars-là seraient morts aujourd'hui ! » Car, bien souvent, les employeurs réagissent trop tard : c'est l'accident et la faute grave qui conduisent ensuite au licenciement. En effet, l'état d'ébriété peut constituer un motif de licenciement disciplinaire s'il est susceptible d'avoir des conséquences sur la sécurité des personnes, le bon fonctionnement ou la réputation de l'entreprise : « Une solution de facilité pour l'employeur, qui n'est pas acceptable déclare Frédéric Leclerq. C'est le rôle social de l'employeur d'offrir un traitement à un alcoolo-dépendant, au même titre que pour n'importe quelle autre maladie. » Au salarié, ensuite, de faire l'effort de se soigner.





