Le télétravail, une autre façon de manager
Gérer une équipe de télétravailleurs n’est pas toujours facile. Du coup, trop de dirigeants hésitent à opter pour cette nouvelle organisation du travail, pourtant bénéfique à plusieurs titres, à condition de bien la préparer.
Par Florence Jarry, le 27/06/2008
La progression du télétravail, quelle qu’en soit la forme (à temps complet au domicile, en alternance entre l’entreprise et le domicile ou nomadisme), suit naturellement l’amélioration des performances du Web. « Avec l’internet à haut débit, la technique permet de travailler à distance de manière très confortable, remarque Matthieu Billette de Villemeur, fondateur du site www.teletravail.fr. Et un effort certain a été fait de la part des collectivités pour couvrir au maximum les zones rurales, limitant le nombre de zones blanches en France. »
Historiquement, dans le domaine du télétravail, ce sont les entreprises du secteur des nouvelles technologies qui ont été les premières à se lancer. Mais en janvier dernier, Renault s’est engouffré dans la brèche en signant un accord sur le télétravail, sur la base du volontariat. Une façon de renforcer, selon la direction, la compétitivité de l’entreprise tout en répondant aux aspirations de salariés souhaitant mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle.
« Le salarié a tout à y gagner : il économise le temps de transport, souvent source de stress, et il peut organiser son travail comme il le souhaite, constate Matthieu Billette de Villemeur. Avec une formalisation obligatoire des procédures, des dates limites de rendu du travail, des échanges d’information de bonne qualité, l’organisation du travail est plus efficace, la performance augmente, les résultats suivent !, souligne ce spécialiste. Le télétravail permet aux salariés d’être plus efficaces. Selon certaines études étrangères, où le télétravail est plus répandu, l’entreprise gagne jusqu’à 30 % de productivité ! »
Côté économies, les avantages sont nombreux. En évitant la location ou l’achat de bureaux, l’entreprise réalise une économie substantielle en matière d’espace de travail et en loyers. Autre point non négligeable : dans un bassin d’emploi très concurrentiel, le télétravail permet d’élargir le nombre de candidats potentiels et de faire baisser les coûts salariaux. « Le coût de la vie étant plus raisonnable en province, les salaires pratiqués y sont moins élevés, commente Matthieu Billette de Villemeur. Et pour des entreprises confrontées à la concurrence mondiale, toutes les économies sont bonnes ! » Enfin, autre argument de poids en faveur du télétravail, les économies d’énergie : « S’inscrire dans une démarche de développement durable, communiquer sur les économies d’énergie réalisées grâce au télétravail, c’est très positif en terme d’image ! », signale Matthieu Billette de Villemeur.
Mais attention ! Mal gérée, une relation en télétravail peut tourner à la catastrophe : isolement du salarié, frustration, perte de contrôle sur son travail, manque de cohésion et absence de culture d’entreprise… C’est là que toute la qualité du management entre en jeu : « Le manager va devoir adapter son mode de communication et, surtout, apprendre à manager par objectifs en formalisant tous les process », explique Jean-Marc Santi, consultant et formateur Orsys.
En effet, au début de la relation de télétravail, il est fortement recommandé d’élaborer une sorte de guide afin de définir plusieurs points avec son salarié : le contrôle du travail, les tâches à effectuer, le cadre de responsabilité, jusqu’où le salarié peut aller en autonomie, etc. « Pour manager à distance, le travail en amont est très important. Tout doit être bien cadré », précise encore ce spécialiste du management à distance. Cette relation nécessite de la part du manager une implication supérieure pour que les échanges, naturellement moins fréquents, soient plus riches : « Le plus difficile pour le manager, c’est qu’il doit faire un management individuel sans voir la personne. C’est déjà dur quand la personne est à proximité, mais ça l’est encore plus quand la relation se fait à distance ! »
C’est pourquoi la détermination avec le télétravailleur de la fréquence d’un point de rencontre est importante. « Au début, une fois par semaine ou plus si nécessaire. Au cadre ensuite de moduler la fréquence. Si on l’appelle trop souvent, il va se sentir contrôlé, si on ne l’appelle pas assez, il va se sentir isolé. Trouver le juste dosage n’est pas évident ! »





