Gommer ses retards, attirer les investisseurs, conquérir les marchés... Tel est le programme ambitieux de la collectivité territoriale de Corse.
L'île de Beauté, futur eldorado de la création d'entreprise ? Il est permis d'y croire ! Dotée d'un statut particulier depuis 1982, la collectivité territoriale de Corse entend bien profiter de ses prérogatives élargies en matière d'intervention économique pour combler ses retards. "Ces dernières années, notre taux de croissance était supérieur à celui des meilleures régions françaises. Mais nous avons fait le choix d'une stratégie de développement encore plus offensive", déclare José Rossi, président de l'Agence de développement économique de la Corse (ADEC). Il s'agit notamment d'anticiper la réduction progressive des subventions européennes allouées depuis 1992, puisque dès la fin 2006, la Corse cessera de bénéficier du dispositif prioritaire de l'Union. "Nous voulons instaurer une logique de performance au détriment d'une logique d'assistance", précise Jean-Claude Vallée, directeur des opérations économiques à l'ADEC. Le programme d'actions en cours d'élaboration, socle de la loi d'orientation économique de la Corse qui devrait être présentée par le gouvernement d'ici la fin de l'année 2005, est à la hauteur des ambitions.
Accompagner tous les acteurs d'une même filière
Aussi dynamique soit-il, le tourisme, qui a drainé plus de deux millions de
visiteurs en 2003 et génère plus de 20 % du produit intérieur brut marchand, ne
doit plus être le seul moteur de la croissance. "Il faut pousser et soutenir les autres secteurs", explique José
Rossi. Mais pas n'importe comment. "Dorénavant,
nous voulons privilégier les actions collectives, c'est-à-dire les actions
de structuration de filières, car la Corse, qui compte beaucoup de très
petites entreprises sans salariés, souffre d'un émiettement de son tissu
entrepreneurial", précise Jean-Claude Vallée. Les contrats de
développement de filière, qui ont vocation à accompagner tous les acteurs d'une
même filière (artisanat d'art, nautisme, agroalimentaire...) par des actions de
promotion, de formation et de prospection, permettront donc aux chefs
d'entreprise de conquérir des marchés extérieurs tous ensembles. La possibilité
d'octroyer des aides aux transports dans le cadre des actions collectives est
également à l'étude pour pallier le handicap de l'insularité.
Certains secteurs font quant à eux l'objet d'un soutien financier particulier.
C'est le cas de l'artisanat, poumon du tissu économique, qui regroupe 38 % des
entreprises de l'île, exerçant principalement leur activité dans le bâtiment,
les réparations et autres services ou encore l'alimentation. L'audiovisuel, la
pêche et les énergies renouvelables disposent également d'un régime d'aides
directes spécifique. Tout comme l'aquaculture, considérée comme un vivier
prometteur. Avec mille tonnes de poisson et sept cents tonnes de coquillages, la
Corse est en effet la deuxième région française de production.
L'économie rurale n'est pas en reste. Les difficultés des entreprises créées à
atteindre un niveau de rentabilité suffisant et la mauvaise utilisation des
deniers publics distribués par le passé conduisent la collectivité à engager une
nouvelle dynamique. Le soutien aux structures de maintien à domicile viendra
compléter les efforts consentis au profit de l'agriculture, qui présente des
types d'exploitations très variés, de l'élevage extensif aux productions
végétales, viticoles et fruitières en passant par l'arboriculture de l'olivier
et du châtaignier.
Autre fer de lance de la politique régionale : l'innovation technologique. "Parce qu'elle est un facteur essentiel de
pérennité de l'économie, nous allons mettre en place un pôle régional de
l'innovation qui concentrera l'ensemble des moyens disponibles, au service
des entrepreneurs", révèle Jean-Claude Vallée. Notons qu'il existe à
Bastia depuis 1999 un parc technologique dédié à l'hébergement et à
l'accompagnement des jeunes pousses en phase de démarrage tournées vers
l'environnement, les nouvelles technologies de l'information et de la
communication (NTIC) et l'agroalimentaire. Une seconde phase d'aménagement
foncier et immobilier a d'ailleurs été lancée. "Elle s'appuie sur le projet d'extension de l'École nationale supérieure
des arts et métiers qui va créer son propre bâtiment, précise Éric
Soler, chargé de mission développement économique à la communauté
d'agglomération de Bastia. On évoque aussi
l'implantation d'un institut d'ingénieurs spécialisé dans les énergies
renouvelables, mais rien n'est sûr."
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