Styliste culinaire : l'art de mettre l'eau à la bouche

Anne-Sophie Lhomme, styliste culinaire
par Florence Jarry

Il est aux petits plats ce que le maquilleur est aux mannequins. À lui d'embellir les modèles avant le travail du photographe. Tout un art !

"Pour que chaque ingrédient d'une recette de cuisine soit visible sur la photo, je place la plupart d'entre eux à la pince à épiler !", explique Anne-Sophie Lhomme, une jeune styliste culinaire installée à son compte à Paris depuis deux ans, dont l'activité consiste à mettre en scène et apprêter des petits plats pour la prise de vue, comme on maquillerait des top models. Et, à raison de cinq photos par jour, il n'y a pas de temps à perdre : "Si j'ai une recette à base de poulet rôti, inutile de le faire cuire : en le badigeonnant d'un vernis couleur chêne, on obtient un poulet doré à souhait. Une petite astuce qui fait gagner de précieuses minutes !" Tout le savoir-faire des stylistes culinaires est là : rendre un basique plat de nouilles appétissant en un tour de main. "Cela fait longtemps que la presse et les agences de pub recherchent de beaux visuels, mais aujourd'hui les magazines féminins se font réellement la course pour avoir les plus belles pages cuisine !", reconnaît Brigitte Régis, styliste culinaire depuis vingt ans déjà, à Paris.

Avoir baigné dans le milieu de la pub, ça aide

Mais qu'on ne s'y trompe pas ! Même avec cette forte demande, et un nombre de professionnels assez réduit ("moins de cent en France", selon Brigitte Régis), se faire sa place dans le métier reste difficile. Pour Anne-Sophie Lhomme, immergée dans le milieu de la pub depuis son enfance, les choses sont pourtant allées relativement vite : "J'ai toujours voulu faire ce métier. Mon père travaillait dans une agence de pub et j'ai passé toutes mes vacances scolaires, depuis l'âge de 14-15 ans, avec un styliste et un photographe." Après son bac, la jeune fille intègre l'École supérieure de cuisine française à Paris, mais sans jamais parler de son véritable projet professionnel : "Je pense que ça aurait été très mal perçu. Les cuisiniers estiment souvent que les stylistes culinaires ne font pas de la cuisine, mais de la dînette !"
Sa formation dure plus de trois ans, durant lesquels elle enchaîne les stages dans des établissements trois étoiles et chez un traiteur renommé. À 24 ans, elle se lance : "Je connaissais déjà pas mal de monde dans le milieu et j'ai tout de suite pu travailler."
La plupart du temps, "comme il n'existe pas de formation, il faut apprendre sur le tas et, pour cela, il faut trouver un styliste culinaire qui accepte de vous prendre comme assistant, note Brigitte Régis. Plus ce styliste est connu, plus le démarrage sera facilité." Car il faut ensuite gagner la confiance de photographes déjà connus : toute la difficulté est là au début. Après, tout s'enchaîne, lorsque le book commence à s'étoffer. Puis, il faut savoir être très disponible et ne pas hésiter à accepter les "basses besognes", tout ce que les stylistes "installés" n'apprécient guère : le packaging par exemple (photos destinées aux emballages de produits alimentaires), "assez ingrat car il n'y a aucune créativité : tout est maquetté à l'avance, il suffit de reproduire un dessin", prévient Brigitte Régis. Ou encore les prospectus pour la grande distribution, "où l'on enchaîne dix à quinze prises de vue par jour, sans aucune recherche artistique : il faut que les produits ressemblent à ce que les consommateurs vont trouver en magasin."

De la créativité, de l'énergie et une santé de fer

Anne-Sophie Lhomme a mis six bons mois avant de vivre de son métier. Pour éviter toute déconvenue, elle bloque sur un compte l'équivalent de plusieurs mois de loyers : "Dans ce métier, on peut passer un mois entier sans travailler. Et, le suivant, on enchaîne les prises de vue à un rythme infernal." La jeune femme, qui avait choisi le portage salarial pour démarrer, va créer une entreprise individuelle sous le régime fiscal de la micro-entreprise : "Je travaille avec une dizaine de photographes, mais je ne m'en tiens pas là : pour me faire connaître, j'envoie mon book, mon CV et ma photo par e-mail à des photographes, des agences de pub, des magazines ou des éditeurs. Globalement, j'obtiens 80 % de retour positif."
Au final, entre le temps passé en shopping (pour acheter la vaisselle, les nappes et les ingrédients) et les prises de vue en studio, le planning est chargé (jusqu'à soixante heures par semaine parfois !) : "C'est un métier passionnant qui demande, en plus de la créativité, beaucoup d'énergie et une santé de fer, prévient Brigitte Régis. Ceux ou celles qui ont suivi une formation en école de cuisine sont habitués à cette cadence, les autres devront s'y habituer."

Fiche pratique :

Revenus
Les revenus sont très fluctuants. Certains mois, le styliste culinaire ne va rien gagner, et d'autres mois, il va être débordé. Pour la presse, les tarifs dépendent du tirage du magazine (environ 300 euros la photo sans rédactionnel, et jusqu'à 2 500 euros les quatre pages "clé en main" avec recette et photos).

Statut
Le styliste culinaire fait partie des professions libérales "non réglementées". Il doit donc s'affilier à l'Urssaf (allocations familiales), à la Caisse mutuelle des professions libérales (assurance maladie-maternité) ainsi qu'à la caisse d'assurance vieillesse correspondant à la profession. Pour exercer son activité, il a le choix entre l'entreprise individuelle ou une société (EURL...). Cas particulier : les stylistes qui travaillent essentiellement pour la presse sont considérés comme des pigistes et sont donc salariés.

Horaires et lieu
Le rythme de travail est imposé par le volume des commandes. En général, pour un livre de cuisine, il faut compter quatre semaines, à raison de cinq prises de vue par jour. Mais il ne faut pas oublier le temps passé pour acheter les ingrédients et pour le shopping "décoration". La plupart des stylistes culinaires exercent en région parisienne ou à Paris même.

Coût d'installation
Il faut compter un an pour commencer à gagner correctement sa vie (sachant que le temps passé en tant qu'assistant n'est généralement pas payé). Les coûts d'installation se résument à l'achat d'un téléphone portable et d'une "mallette d'artiste" (pinceaux, couteaux, seringues, etc.). Enfin, certains stylistes préfèrent acheter vaisselle et nappes, d'autres se les font prêter par les magasins.

Formation
Il n'existe pas de diplôme de styliste culinaire. Selon les professionnels, il faut quand même connaître les bases de la cuisine en ayant suivi une formation classique en école. Pour le côté créatif, une année minimum en tant qu'assistant est indispensable. Reste à trouver un styliste qui acceptera de prendre un assistant...

Contacts utiles
www.bepub.com, site de rencontre des professionnels de la communication, de la création, de l'image et du multimédia. Quelques adresses de stylistes culinaires figurent dans la rubrique "métier styliste", puis "spécialité culinaire". www.bepub.com
www.annuaire-photographie.com, ce portail regroupe l'ensemble des métiers et secteurs d'activités se rattachant à l'image et au monde de la photographie. Quelques contacts de stylistes culinaires sont recensés dans la rubrique "styliste pour la photographie", puis "lancer une recherche". www.annuaire-photographie.com

Bibliographie
S'il n'existe pas de livres sur le métier de styliste culinaire, en revanche la littérature culinaire est abondante : livres de recettes, magazines spécialisés... À feuilleter pour s'inspirer des tendances et trouver des noms de professionnels.


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