Doula : un nouveau métier pour aider les futures mères

par Bénédicte Rogulski

Totalement méconnu en France, ce métier requiert de grandes qualités humaines. Rencontre avec une pionnière.

"En France, les grossesses sont très bien suivies sur le plan médical, en revanche, sur le plan affectif et émotionnel, il en va autrement", explique Vanina Goetgheluck, l'une des toutes premières accompagnantes à la naissance, aussi appelées "doulas", un terme issu du grec ancien qui signifie "servante de la femme". Une profession encore méconnue en France, à bien distinguer de celle de sage-femme. "La femme qui accouche a besoin de se sentir reconnue et soutenue dans l'épreuve qu'elle traverse. Or, ce jour-là, la personne qui va l'aider à mettre son enfant au monde lui est, le plus souvent, inconnue et n'est pas forcément présente de bout en bout." L'accompagnante est donc là pour faire le lien, apporter une écoute et des conseils pendant la grossesse, et enfin un soutien moral durant l'accouchement.

Sa vocation s'est dessinée au fil du temps

"En aucun cas, nous n'intervenons sur le plan médical, insiste Vanina Goetgheluck, notre métier s'exerce en toute transparence. Les sages-femmes qui nous rencontrent prennent conscience que nous sommes une aide précieuse pour la mère. Nous ne sommes ni des usurpatrices ni des assistantes."
Pour Vanina Goetgheluck, sa vocation s'est dessinée au fil du temps, à travers l'expérience de la naissance de ses enfants, puis en travaillant auprès d'une sage-femme libérale. C'est dans ce contexte qu'elle entend parler du métier de doula, une profession connue des pays anglo-saxons. En décembre 2002, elle saute le pas en suivant un stage en Grande-Bretagne. "À cette époque, il n'existait pas de formation d'accompagnante à la naissance en France", précise Vanina Goetgheluck. À son retour, convaincue que le métier a de l'avenir au sein de l'Hexagone, elle décide de s'installer en libérale dans la région lyonnaise.
Exerçant depuis deux ans, Vanina Goetgheluck ne cache pas que la reconnaissance de cette nouvelle activité prend du temps : "Sans imaginer une seconde que l'on puisse choisir cette profession pour gagner beaucoup d'argent, il est raisonnable de tabler dans un premier temps sur des revenus proches du Smic." Pour cela, il faut accompagner deux ou trois accouchements par mois et réaliser plusieurs visites.
Les parents qui la contactent trouvent ses coordonnées par le bouche-à-oreille ou bien sur les sites Internet lancés par la profession. Pour la plupart, ils aspirent à un accouchement peu médicalisé, sans péridurale par exemple, mais dans la sécurité d'un service de maternité classique.

Sensibiliser le personnel médical et les parents

En règle générale, trois rencontres ont lieu avant la naissance. Objectifs des intéressés : apprendre à se connaître et préparer l'accouchement. Techniques respiratoires, positions... toutes les questions sont abordées. C'est aussi l'occasion de préciser jusqu'à quel degré le père souhaite participer à l'événement, le jour J.
Lorsque, enfin, celui-ci arrive, l'accompagnante se rend disponible autant de temps que nécessaire. Sa propre expérience de l'événement l'aide à trouver le signe qui apaisera l'angoisse de la parturiente : "Parfois, il suffit d'un regard, d'un geste amical ou d'une parole pour réduire l'anxiété." Des études menées en Amérique du Nord montrent que la présence d'une doula réduit significativement la durée des accouchements ainsi que le recours aux forceps, etc. Pour autant, le rôle de l'accompagnante ne s'arrête pas là : si la famille le souhaite, elle apporte aussi des conseils lors du retour à la maison.
Toutefois, le métier est encore jeune pour dresser toutes les perspectives et "un obstacle demeure, la plus ou moins grande perméabilité du monde médical", confirme Maïtie Trélaün, sage-femme exerçant en libérale et cofondatrice avec Vanina Goetgheluck de l'Association des accompagnantes à la naissance (Alna). "Nous entendons un peu tous les sons de cloche : certains établissements se montrent ouverts à l'idée d'une accompagnante. D'autres y sont totalement opposés. C'est dans la douceur que nous pouvons progresser, en faisant participer les parents qui doivent être les vrais demandeurs", analyse Vanina Goetgheluck. Aussi, sillonne-t-elle régulièrement les routes de France afin d'informer les parents ainsi que le personnel soignant. Lors de ces réunions, des couples ayant fait appel à une accompagnante témoignent. Et, au final, il arrive que ce soient les pères qui en parlent le mieux !

Fiche pratique :

Revenus
La facturation pour un entretien est de 40 euros. Il est d'usage de proposer une série de trois rencontres durant la grossesse puis un dernier rendez-vous après la naissance. L'accompagnement lors de l'accouchement est facturé 300 euros (non remboursés par la Sécurité sociale).

Statut
Le métier d'accompagnante à la naissance se prête bien à l'exercice en profession libérale. Dans ce cadre, une simple déclaration à l'Urssaf permet de démarrer l'activité. Pour en savoir plus : www.urssaf.fr

Horaires et lieu
Disponibilité : c'est le maître mot pour ce métier qui ressemble plutôt à une vocation. Un accouchement peut nécessiter une présence de quelques heures à... plus d'un jour. Pour cette raison, une accompagnante ne pourra pas en suivre plus de deux ou trois par mois. Cela nécessite d'avoir une bonne organisation sur les plans familial et professionnel. Il est d'ailleurs conseillé de travailler en binôme avec une consoeur pour faire face aux imprévus.

Coût d'installation
Pour démarrer, un téléphone portable et une voiture sont indispensables. En revanche, l'activité ne nécessite pas d'aménagement particulier car les visites préalables à l'accouchement ont lieu, le plus souvent, au domicile des futurs parents.

Formation
Bien que l'accompagnement à la naissance ne soit pas une profession médicale, il est indispensable d'acquérir des connaissances physiologiques, anatomiques, etc. sur la grossesse, l'accouchement et l'allaitement. En France, l'une des toutes premières formations a été mise en place en 2002. Elle est composée d'une partie théorique sanctionnée par un examen et suivie de stages pratiques. Le processus prend environ deux ans. Une quarantaine de personnes ont déjà été formées. Coût : 900 euros environ. Contact : Alna, 11, chemin de la Vernique, 69160 Tassin-la-Demi-Lune. Tél. : 06 07 61 66 03 ; www.alna.fr

Contacts utiles
Association des accompagnantes à la naissance (Alna) : créée en 2002, elle a pour but de promouvoir ce métier, notamment par la formation. Contact : 11, chemin de la Vernique, 69160 Tassin-la-Demi-Lune. Tél. : 06 07 61 66 03 ; www.alna.fr
www.doulas.org : une mine de contacts sur le site du premier réseau de doulas françaises. Il informe les personnes intéressées par l'exercice du métier ainsi que les futurs parents à la recherche d'un accompagnement personnalisé.
www.cochrane.fr : toutes les études médicales sur le sujet.

Bibliographie
The Doula Book, Perseus Books Group, novembre 2002 : de langue anglaise, ce livre est une référence sur le métier.


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