Le volume des déchets augmente, les législations se durcissent. Il y a de la place pour se lancer dans la collecte et le recyclage.
Attention, déchets dangereux ! Depuis le 1er janvier 1998, les tubes néons qui contiennent du mercure, une substance très toxique, doivent être collectés et recyclés par une filière spécialisée. Idem pour les déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE), qui doivent faire l'objet d'un traitement particulier depuis une réglementation d'août 2005, et pour les carcasses de voitures qui obéissent désormais à des règles du jeu bien plus contraignantes. Depuis quelques années, l'Union européenne durcit les règles afin de protéger notre environnement, créant de nouvelles filières de collecte et de recyclage pour les professionnels. Le potentiel de business est d'ailleurs énorme. La France manque encore de capacités de traitement, comparée aux pays du nord de l'Europe, mais les exemples de petits entrepreneurs profitant de ces nouvelles réglementations et lançant de nouveaux business se multiplient.
La collecte est financièrement plus accessible C'est notamment le cas de Lumiver, une société de recyclage de tubes néons qui s'est lancée un an à peine après l'entrée en application du décret sur le recyclage de ces luminaires. L'entreprise lilloise, en plein essor, vient même de se doter d'une nouvelle machine capable de recycler 2 000 tubes néons à l'heure : "Les quantités collectées augmentaient, indique son dirigeant, Frédéric Dutriez. Cet outil va nous permettre de recycler des volumes encore plus importants."
Sur ce marché naissant et quasi vierge, toutes les idées sont les bienvenues. Claude Platier, le responsable communication de la Federec, une organisation réunissant professionnels de la récupération et du recyclage, le confirme : "Pour répondre aux exigences du décret DEEE, les nouveaux entrants pourraient assurer la dépollution de certains produits recueillis ou bien leur remise en état en vue de leur réemploi." Pour le moment, l'activité concerne principalement des entreprises d'insertion, mais elles ne suffiront bientôt plus à absorber l'augmentation attendue des volumes à traiter. Autre domaine en pleine mutation, celui des véhicules hors d'usage : "Pour atteindre les taux de recyclage exigés par les textes, on peut imaginer que des sociétés interviennent sur les parties des épaves qui n'étaient pas valorisées jusque-là, comme les matières plastiques", poursuit Claude Platier.
Prudence néanmoins si vous envisagez de créer une activité dans ces secteurs. Côté DEEE, l'option la moins risquée est de viser les entreprises ou les administrations : "Pour le moment, nos clients sont à 99 % des professionnels", indique Damien Cocula, le gérant de RSB (74), une société spécialisée dans la collecte et le traitement des DEEE. Son objectif ? Les débarrasser de leur vieux matériel informatique en proposant à chaque fois une solution "à la carte" : "Pour de grosses quantités, on va chercher les produits directement chez le client. Mais on ne se déplace pas pour quelques PC, explique cet ancien responsable de maintenance informatique. Notre travail consiste à faire le tri entre unités centrales, écrans, imprimantes... puis à les envoyer à des spécialistes de la valorisation."
Pour la collecte, ne vous enfermez pas dans un créneau trop étroit. Pour Jérôme Auclair, le cogérant de Environnement Recycling (03), les entreprises réclament des solutions globales. Sa société propose donc un service incluant à la fois la prise en charge des DEEE mais aussi d'autres rebuts "sensibles", comme les piles, les tubes néons ou les consommables informatiques en fin de vie. Ces produits sont, là aussi, triés et dirigés ensuite vers des recycleurs spécialisés. Pour créer une société de collecte et de démantèlement, il n'y a pas besoin d'investir dans des machines sophistiquées, le tri se fait encore à la main. En revanche, le ticket d'entrée est de plusieurs millions d'euros pour se lancer dans le recyclage. Afin de développer une sorte de ciment pour revêtement de sol constitué à 80 % de déchets de verre sale, la société Esportec Eco-industriel a investi 900 000 euros, uniquement en R&D. Heureusement des aides existent. L'Ademe a ainsi financé à hauteur de 150 000 euros le projet de Esportec Eco-industriel. Son créateur, Roland Salmon, a dû également trouver des partenaires en Espagne et au Portugal pour faire fabriquer les produits et assurer le décollage de l'activité, en progression de 20 à 25 % par an. "C'est peu, compte tenu du potentiel de notre gamme", estime le gérant qui prépare l'ouverture d'un nouveau site de production au nord de Paris.
" Notre activité de collecte de déchets électroniques décolle depuis la nouvelle législation. "
"Nous sommes les ferrailleurs des temps modernes !" C'est ainsi que Jérôme Auclair résume son métier et celui de son associé Emmanuel Petit. Le duo a fondé Environnement Recycling à l'été 2003. Le but était de profiter des nouvelles règles européennes qui rendent obligatoire le traitement des déchets électriques et électroniques. L'activité de collecte a bien démarré, surtout depuis que la réglementation est entrée officiellement en vigueur en août dernier : "Nous faisons beaucoup moins de prospection qu'au début. Aujourd'hui, ce sont les entreprises qui nous appellent pour trouver des solutions à leurs problèmes de déchets toxiques."
Réglementation
Le décret du 13 août 2005 oblige les fabricants ou distributeurs d'équipements électriques et électroniques à assurer la collecte et le recyclage de ces déchets toxiques. C'est la transposition d'une directive européenne adoptée en 2003. Concrètement, ils financeront des éco-organismes grâce à une taxe prélevée sur la vente des produits neufs. Ces structures privées, opérationnelles d'ici quelques mois, joueront un rôle fondamental. Elles seront les "donneurs d'ordre" des entreprises de collecte et de recyclage qu'elles choisiront selon des critères de compétences et de sécurité. Malheur à ceux qui ne feront pas partie des élus.
Autorisation
Pour stocker et traiter les déchets, il faut une autorisation préfectorale. Indispensable si vous voulez que vos clients vous confient leurs produits dangereux. Même chose si vous recueillez des véhicules hors d'usage. C'est la garantie que votre site ne porte pas atteinte à l'environnement. Sachez que décrocher le feu vert du préfet prend au moins 12 mois. Le temps de réaliser les études d'impact et de monter votre dossier. Évidemment, tout cela a un coût : 25 000 euros dans le cas de la société Environnement Recycling.
Contacts utiles
Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Établisssement qui accorde sous conditions des aides. Services centraux à Angers. Tél. : 02 41 20 41 20. Liste des agences Ademe dans votre région : www.ademe.fr.
Federec (Fédération de la récupération, du recyclage et de la valorisation). Tél. : 01 40 54 01 94 ; www.federec.org.
Ministère de l'Écologie et du Développement durable. Sur le site du ministère, des informations pour les professionnels, les dernières mises à jour en matière de réglementation. 20, avenue de Ségur - 75007 Paris. Tél. : 01 42 19 20 21 ; www.ecologie.gouv.fr.
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