Le développement durable va générer de nouveaux business. Et les entreprises devront l'intégrer pour rester dans la course.
Collecter les cartouches d'imprimante vides, les régénérer et les revendre à bas prix, c'est le business de Cub'Ink. Non seulement les clients payent moins cher leurs consommables d'impression mais ils font aussi un geste pour l'environnement en évitant que des cartouches d'encre usagées se retrouvent dans la nature. Lancée en 2004, l'entreprise, qui s'adresse à la fois aux particuliers et aux professionnels, compte déjà une dizaine de magasins dans toute la France, dont le plus ancien a réalisé 190 000 euros de chiffre d'affaires en 2006. Le concept tient donc ses promesses. « Nous ouvrons en moyenne un magasin par mois, précise Jean-Yves Louarn, président de Cub'Ink. L'objectif est de mailler tout le territoire français avec 200 magasins dans six ans. »
Un business qui n'en est qu'à ses débuts
Comme Cub'Ink, de nouveaux acteurs exploitent le filon du développement durable. Un business qui n'en est sans doute qu'à ses débuts tant son potentiel paraît énorme. Aujourd'hui, le public devient attentif à l'impact des activités humaines sur l'environnement. Les dérèglements climatiques que chacun peut constater, le film d'Al Gore sur le réchauffement de la planète, l'action de certaines personnalités médiatiques comme Nicolas Hulot..., tout cela a fini par sensibiliser les consommateurs qui se tournent de plus en plus vers les produits ou les services promettant moins d'impact sur l'environnement. Il ne s'est ainsi jamais vendu autant de maisons en bois. Elles profitent de leur image écolo et répondent aux nouvelles normes environnementales en matière d'isolation. À terme, ces constructions devraient peser 20 % du marché de la maison individuelle contre 5 % actuellement.
Dans le BtoB, ils sont aussi de plus en plus nombreux à surfer sur cette vague environnementale. SkyWater, l'un des pionniers français de la récupération d'eau de pluie, voit son activité décoller. Deux ans après sa création, il affiche ainsi 1 million d'euros de chiffre d'affaires. « Au début, notre offre faisait sourire. Maintenant, les collectivités locales, les bureaux d'études et les entreprises s'intéressent beaucoup à nos systèmes de récupération d'eau de pluie à installer sur les toits. »
Le développement durable génère donc de nouveaux business. Mais il va aussi changer la façon dont les industries ou les services organisent leur activité. Dans tous les secteurs, les initiatives se multiplient. Pour livrer ses colis, Languedoc Prothèse, une PME de 27 salariés, a sélectionné un transporteur qui utilise des scooters ou des fourgonnettes électriques. Résultat, une réduction de 3 tonnes par an de ses rejets de gaz à effet de serre. L'agence Poisson d'Avril, un organisateur d'événements (séminaires, congrès, lancements...), a mis en place un « management environnemental » pour créer des opérations « éco responsables ». Ses efforts portent sur la gestion des déchets liés à l'événement (vaisselle en verre, benne de tri, évacuation de la moquette...), l'utilisation de papier recyclé ou la sensibilisation au covoiturage ou à la mobilité douce. « Une démarche à laquelle sont sensibles de plus en plus de clients et qui ne leur coûte pas plus cher », affirme Benoît Rastier, le dirigeant de l'agence. La démarche pourrait se généraliser à tout le secteur. L'Anae, l'organisme qui représente les pros de l'événementiel, vient de sortir un guide sur le développement durable destiné à ses adhérents. Être « durable » est déjà un atout. Demain, ce sera un sésame indispensable pour accéder aux marchés locaux et internationaux.
Le phénomène du développement durable dépasse le strict champ de l'environnement. L'aspect implication sociale et citoyenne en fait aussi partie. On voit exploser le nombre d'entreprises sociales. Leur but est de favoriser l'insertion de personnes en difficulté tout en assurant leur viabilité économique. Ce secteur en plein essor emploie plus de 700 000 personnes et attire un nombre croissant de créateurs. On voit aussi le tourisme « solidaire » sortir de l'ombre pour concilier voyage et aide au développement local. Pour des raisons « sociales », certaines entreprises développent le télétravail, une formule qui permet à des handicapés de travailler chez eux, et qui contribue à limiter les déplacements inutiles et à maintenir dans certains cas de l'activité dans une région.
« Allier innovation et développement durable. »
Pour Éric Seulliet, l'innovation ne doit pas venir seulement des labos, elle peut remonter par les consommateurs eux-mêmes : « La Fabrique du futur est un réseau de compétences qui permet d'apporter aux entreprises et aux collectivités des possibilités nouvelles d'innovation qui viennent du terrain. » Or, il constate que l'une des valeurs qui émergent de cette façon est justement celle du développement durable : « Cela se traduit par des comportements nouveaux. Les gens sont plus attentifs à leur bien-être, leur santé, l'environnement, et cela débouche sur de nouveaux marchés. Il ne s'agit pas d'un effet de mode même si le marketing tente parfois de récupérer la tendance. »
Selon Éric Seulliet, le développement durable doit s'intégrer à toute démarche d'innovation : « On ne peut pas faire de la technologie pour la technologie. La technologie déconnectée de l'humain n'a pas la cote. À l'inverse, être anti-techno au nom du développement durable aboutit aussi à une impasse. Il faut dépasser les approches simplistes. Ce que nous préconisons, c'est une démarche qui allie innovation et développement durable pour développer les produits et les services de demain. C'est de cette façon que l'on peut répondre aux attentes de consommateurs ou d'usagers en quête de sens. »
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