Enseignes en coopératives : des réseaux où chacun participe

Dessins de maçons construisant le mot coopérative
par Gérard Delteil

Avec les coopératives, les créateurs bénéficient des avantages d'un réseau tout en participant activement à la vie de leur enseigne.

Une coopérative, c'est un peu comme une franchise, la démocratie en plus ! Ces enseignes permettent à un créateur de profiter des avantages d'un réseau national tout en ayant un droit de regard sur son fonctionnement. C'est l'indépendance à plusieurs en quelque sorte, puisque le commerçant mène sa barque seul en ce qui concerne son magasin, mais s'appuie sur la force du réseau. "Les enseignes du commerce associé, et par définition les coopératives, représentent aujourd'hui un quart du commerce de détail en France !", lance fièrement Jean Leroyer, patron d'un magasin Système U à Nantes et président de la Fédération des enseignes du commerce associé. Cet organisme, qui regroupe 55 réseaux, pèse lourd dans l'économie : à eux seuls, ils emploient près de 400 000 salariés et ont réalisé 99 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2004. Soit plus du double de lafranchise qui ne représente "que" 42 milliards d'euros !
Beaucoup moins nombreuses que les enseignes en franchise, les coopératives sont en effet, pour la plupart, plus grosses, plus anciennes et aussi plus stables. Paradoxalement, on en parle plutôt moins : "Sans doute parce que nous ne recrutons pas tous azimuts pour percevoir des droits d'entrée, comme le font certains franchiseurs. Nous nous adressons avant tout à des gestionnaires confirmés et à des gens qui ont l'esprit d'entreprise", précise Philippe Antoine, secrétaire général de la même organisation (Feca). On adhère ainsi en achetant une part du capital social de la coopérative. Chaque adhérent, quelle que soit l'importance de son entreprise, grande surface de 2 000 m2 ou "bouclard" de 60 m2, dispose d'une voix pour élire le conseil d'administration au cours de l'assemblée générale annuelle.
On peut, en principe, quitter librement la coopérative chaque année en vendant sa part de capital. Les cotisations des adhérents financent une structure administrative plus ou moins étoffée et des prestations qui varient d'un réseau à l'autre. Les coopératives offrent des services comparables à ceux des franchises : centrales d'achats et/ou de référencement, assistance, gestion informatisée et centralisée des stocks, élaboration de nouveaux produits et publicité pour imposer une image de marque nationale. La coopérative Optic 2 000 a ainsi lancé une vaste campagne de communication, avec des spots télé mettant en scène Johnny Hallyday et sa femme Laetitia : "Ces campagnes coûtent certes cher, mais elles sont soumises à l'approbation de nos adhérents. Nous ne dépensons pas un centime d'euro sans leur demander leur avis." C'est cette démocratie et cette possibilité pour chaque membre du réseau de défendre son point de vue qui constituent le socle de la culture des coopératives. Beaucoup de commerçants y sont très attachés. "J'ai vraiment le sentiment d'avoir beaucoup plus de possibilités de m'exprimer que dans une franchise", constate par exemple Jean-Louis Blanchard, patron d'un magasin Mr. Bricolage à Argenton-sur-Creuse, qui assiste fidèlement chaque année aux assemblées générales. Stéphane Petit, ex-franchisé Lissac de Saint-Malo, a choisi de quitter cette enseigne pour adhérer à la coopérative Atol à l'issue de son contrat : "On me fournit des prestations équivalentes et le fonctionnement est beaucoup plus souple." La plupart des opticiens adhérant aux coopératives Optic 2000, Krys ou Atol ne voudraient pour rien au monde intégrer une franchise. "Un franchiseur très connu a par exemple décidé récemment que tous ses franchisés devaient changer leur outillage du jour au lendemain pour répondre à sa campagne de communication", précise Véronique Lafortune, propriétaire d'un magasin Krys dans le 18e arrondissement de Paris. "Des décisions arbitraires de ce genre sont absolument impossibles chez nous." Pour des raisons du même ordre, la propriétaire de cinq parfumeries implantées en Bretagne vient de quitter la franchise Beauty Success, pourtant sérieuse, pour passer avec armes et bagages sous l'enseigne de la coopérative Passion Beauté.

Beaucoup de coopérateurs insistent aussi sur le fait que leur coopérative leur coûte moins cher qu'une franchise : "Chez nous, les droits d'entrée ne sont payables qu'à l'issue de la troisième année d'activité. Si le magasin n'a pas marché, ils sont annulés. Quant à la cotisation annuelle, elle se limite à 0,71 % du chiffre d'affaires", souligne Yacine Kaïd, responsable du développement de Biocoop, un des rares réseaux coopératifs non adhérents de la Feca.
Si l'on compare avec les royalties qui dépassent parfois 5 % du chiffre d'affaires chez certains franchiseurs, le choix est vite fait. Encore faut-il comparer ce qui est comparable et prendre en compte la transmission d'un savoir-faire qui, du moins en principe, joue un rôle plus important dans la franchise. Les coopératives n'ont pas connu de scandales et de litiges retentissants comme les franchises "Nous constituons des structures au service de nos adhérents, notre objectif n'est pas de gagner de l'argent sur leur dos", insiste lourdement Philippe Antoine.
Les coopératives seraient-elles donc le meilleur des mondes du commerce organisé ? Il est incontestable que les échecs des coopératives sont plus rares, et les scandales se comptent sur les doigts de la main. Le dernier en date, celui de la coopérative Codhor, dont le président charismatique mais mégalo concurrençait ses propres adhérents avec un réseau parallèle, remonte à plus de dix ans. Quant à l'effondrement de la coopérative Plein Ciel, plus récent, il relève d'erreurs de gestion mais ne peut pas être qualifié d'arnaque. Les adhérents s'en sont d'ailleurs dans l'ensemble bien tirés et l'enseigne a été reprise par un groupe de papetiers britanniques.
Pourtant, les coopératives tendent à devenir de grosses machines dirigées par des permanents, qui échappent en partie au contrôle de leurs adhérents. Leur souplesse a fait quelquefois leur faiblesse : certains adhérents en profitaient pour changer de réseau, en choisissant le plus offrant. Pour faire face aux risques d'hémorragie, certaines coopératives font désormais signer des "contrats d'enseigne" qui ressemblent étrangement à des contrats de franchise. "Sans doute, admet Jean Leroyer, mais ces contrats ont tout de même été analysés et votés en AG, ce qui n'est pas le cas des contrats de franchise." Enfin, sous l'effet d'une concurrence toujours plus rude, les coopératives tendent à se regrouper, y compris avec des réseaux fonctionnant sous des régimes différents.
Mr. Bricolage a ainsi "épousé" le franchiseur Caténa, tandis qu'Optic 2000 rachetait la franchise Lynx. Il arrive que les coopérateurs se rebellent et fassent échouer des fusions, telle celle de la franchise Connexion et de la coopérative Expert, dont les adhérents refusaient de changer de statut.

Passion Beauté :

Activité : Parfumerie et soins de beauté/esthétique
Date de lancement : 1992, mais constituée en coopérative seulement en 1997
Nbre de points de vente : 130 magasins
Investissement : 150 000 euros
Notre avis : Forme ses adhérents et leur personnel, sélectionne les produits, édite un magazine interne. A des objectifs de développement ambitieux : doubler la taille du réseau d'ici trois ans.

Biocoop :

Activité : Alimentaire bio
Date de lancement : 1987
Nbre de points de vente : 242 magasins de 100 à 550 m2
Investissement : 500 à 600 euros/m2
Notre avis : Leader incontesté sur son marché. Recherche des créateurs d'entreprise partageant sa philosophie du bio et des relations sociales. Des producteurs, des salariés et des consommateurs font partie du conseil d'administration. Réseau très souple.

Optic 2000 :

Activité : Optique et audioprothèses
Date de lancement : 1969
Nbre de points de vente : 931 magasins
Investissement minimal: 200 000 euros
Notre avis : Possède une structure commune avec la franchise Lissac. Communication très agressive avec les campagnes Johnny Hallyday à la télévision. A lancé une seconde enseigne : Audio 2000. Diplôme d'opticien indispensable.

Intersport :

Activité : Grandes surfaces multispécialisées
Date de lancement : 1968 par La Hutte dont la naissance remonte, elle, à 1924
Nbre de points de vente : 315 magasins de 400 à 2 000 m2
Investissement : nc
Notre avis : S'est récemment diversifié avec quatre autres enseignes : Sport Expert (multispécialiste de dimensions inférieures à 400 m2), La Halle aux Sports (discount), Sport Leader (chaussures et vêtements outdoor) et Shooz (chaussures).

Phox :

Activité : Vente de matériel photo vidéo et développement/tirage
Date de lancement : 1980
Nbre de points de vente : 500 magasins de 80 à 100 m2
Investissement : 100 000 à 150 000 euros
Notre avis : S'est bien adapté à l'évolution du marché, et notamment au numérique avec la nouvelle enseigne Piximage, en concurrence avec le concept lancé par Foci.

3 questions à Jean Leroyer, Président de la Fédération des enseignes du commerce associé :

Quelle est, selon vous, la principale différence entre la situation d'un franchisé et celle d'un adhérent d'une coopérative ?
Jean Leroyer : Le coopérateur est acteur de la stratégie de son enseigne, alors que le franchisé est, au mieux, consulté par son franchiseur. À mes yeux, le cadre d'une coopérative est plus favorable à l'épanouissement personnel et professionnel. Mais il existe aussi des commerçants qui préfèrent être davantage encadrés et à qui la franchise convient mieux.
Les coopératives proposent-elles des concepts de magasins clé en main, comme le font les franchises ?
J.L. : Les coopératives s'adressent aux commerçants déjà installés mais aussi aux créateurs à qui nous proposons en effet des formules de commerce testées. Mais ces concepts ne sont pas nés dans la tête de quelques dirigeants, ils ont été élaborés sous le contrôle des adhérents des coopératives, avec leur participation.
Quelles sont les qualités d'un bon coopérateur ?
J.L. : Il doit à la fois avoir un certain esprit collectif, accepter d'observer des règles communes au réseau, tout en conservant une part d'indépendance et l'esprit d'initiative. Le coopérateur se distingue donc à la fois du franchisé et du commerçant indépendant, individualiste et réticent à toute discipline. Enfin, il lui faut bien évidemment aimer le commerce, le contact, et posséder des qualités de gestionnaire.
Pour s'informer : www.les-enseignes-du-commerce-associe.com


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