Les franchiseurs protègent leur savoir-faire par des clauses de confidentialité. Certaines sont jugées abusives par les tribunaux.
Le principe de la franchise, surtout dans les réseaux de services, consiste à transmettre un "savoir-faire". Il arrive que des franchisés, une fois ce savoir-faire acquis, estiment ne plus avoir besoin du franchiseur et décident de voler de leurs propres ailes, quand ils ne créent pas une franchise concurrente. Ainsi, un franchisé Troc de l'Ile a lancé une franchise sous l'enseigne Troc 2000. Il a été obligé de la renommer Troc 3000 et a écopé d'une condamnation. D'ex-franchisés de Mobil'Affiche (panneaux publicitaires mobiles) et d'Alizé (diagnostic immobilier) se sont retrouvés devant les tribunaux pour les mêmes raisons. Les franchiseurs s'efforcent donc de se protéger contre ce qu'ils considèrent comme un "vol de savoir-faire". À cet effet, ils introduisent dans les contrats de franchise des clauses dites de "confidentialité", de "non-divulgation" ou de "secret", illimitées dans le temps et l'espace, qui interdisent au franchisé de révéler à quiconque les méthodes du réseau et de continuer à les utiliser s'il quitte l'enseigne. Cette interdiction s'étend au personnel du franchisé et aux membres de sa famille.
2. Y a-t-il vraiment secret de fabrique ?Pour protéger un secret, il faut que celui-ci en soit vraiment un ! Il convient en effet de distinguer les méthodes originales - élaborées par le franchiseur, ou acquises par lui sous forme de licence - des méthodes "généralistes". Ainsi des techniques de gestion, de comptabilité, de vente peuvent être transmises par le franchiseur au franchisé sans que celles-ci soient originales et exclusives. Il serait absurde d'interdire aux franchisés de continuer à utiliser des méthodes qu'on peut acquérir dans toute école de commerce. D'autant que le franchisé a payé sa formation par le franchiseur. Un affilié, au cours de sa collaboration, va aussi acquérir toutes sortes d'informations sur le concept de l'enseigne, mais celles-ci ne sont pas toutes non plus originales. Le franchiseur ne peut donc pas prétendre lui interdire d'utiliser tout ce qu'il a appris au cours de son passage dans son réseau. Sinon, une clause de confidentialité équivaudrait à une interdiction de faire du commerce sous prétexte que le franchisé a appris le métier chez le franchiseur.
3. Toute clause acceptée devra être respectéePour éviter tout litige ultérieur, le mieux est de refuser de signer des clauses de confidentialité abusives. Mais, une fois ces clauses examinées - et éventuellement négociées -, il convient de les respecter, car la loi reconnaît le droit de protéger ce qu'elle appelle un "secret de fabrique". Les tribunaux donnent souvent raison aux franchiseurs quand ils sont en mesure de prouver que leurs méthodes ont été copiées et/ou divulguées par des franchisés indélicats. On notera enfin que la reproduction d'un concept créé par un franchiseur peut constituer une forme de vol de savoir-faire. L'ensemble du concept et la juxtaposition de procédés pourtant classiques peuvent être considérés comme une innovation et donc un secret professionnel. Mais cela reste à l'appréciation des juges...
Un franchisé ou un ex-franchisé qui enfreint un "secret de fabrique" ne peut pas être condamné au pénal, car la loi limite cette menace aux salariés. (Code du travail, article L 152-7). On notera que les salariés du franchisé peuvent en revanche être concernés par cet article de loi et le franchisé lui-même considéré dans ce cas comme "complice". L'abus de confiance peut aussi être invoqué par le franchiseur pour attaquer un franchisé indélicat au pénal. Quant à la jurisprudence des tribunaux de commerce, elle est claire et sévère. Ainsi, le 22 février 1996, le tribunal de commerce de Paris a condamné un ex-franchisé de la société Easy Soft à verser 335 000 euros à son ex-franchiseur pour avoir continué à utiliser un logiciel original que son réseau lui avait fourni.
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