Financer une acquisition, une transmission ? Le FIP est peut-être la solution. À condition d'avoir un réel potentiel de croissance...
Une nouvelle usine en Chine ! François Berry, dirigeant de Cartolux, une entreprise auvergnate d'emballage pour les secteurs de la santé, est en passe de concrétiser son grand projet. Les premiers coups de pioche viennent d'être donnés du côté de Shanghai. Rien à voir avec une délocalisation. "L'idée est de suivre certains de nos clients là-bas et d'attaquer le marché local", déclare le chef d'entreprise. La meilleure solution était de créer une activité sur place. Mais c'était aussi la plus chère : 1,5 million d'euros à débourser pour une PME de 9 millions d'euros de chiffre d'affaires. Pas le choix pour Cartolux : elle a fait appel à l'emprunt mais a dû aussi renforcer ses fonds propres. 40 % du site chinois a ainsi été financé par l'entrée au capital de deux nouveaux actionnaires dont un fonds d'investissement de proximité (FIP), arrivé à point nommé pour débloquer la somme rondelette de 300 000 euros, soit 7 % du capital.
L'argent de particuliers et de collectivités territoriales
Pas de doute, le FIP a été décisif pour mettre le projet de la société auvergnate sur orbite. C'est l'objectif de ce nouveau type de fonds, créés en 2003 dans le cadre de la loi Dutreil sur l'initiative économique : drainer l'épargne locale, qu'elle provienne de particuliers ou de collectivités territoriales, vers les PME non cotées de moins de 250 salariés réalisant moins de 50 millions de chiffre d'affaires (ou dont le bilan n'excède pas 27 millions). Grâce à cette loi, une nouvelle source de financement s'est ouverte à des milliers de petites entreprises régionales qui n'avaient jusqu'à présent pas accès à la manne du capital investissement. Selon Laurent Lesdos, directeur régional de Naxicap Partners (ex Spef Développement) à Toulouse, "les FIP ont apporté une solution pour des petites transmissions d'entreprises valant 250 000 ou 300 000 euros". Alain Breffeil, un ancien banquier, a ainsi pu reprendre Inotech, une société familiale spécialisée dans la distribution de matériel électrique. Grâce à l'apport de deux FIP, l'un géré par Naxicap, l'autre par la Caisse d'épargne, la transmission doit se passer en douceur. Heureusement pour le dirigeant toulousain : "Mes fonds personnels étaient trop limités et je ne pouvais pas non plus tout financer par endettement", assure-t-il.
Pour les très petites entreprises, inutile de frapper à la porte d'un FIP, mais avec au moins 3 millions de chiffre d'affaires et un bon projet de développement ou de reprise, pourquoi pas ! D'autant que vous trouvez maintenant un FIP dans toutes les régions. La loi précise en effet que l'investissement du fonds doit se limiter à une, voire deux ou trois régions limitrophes. "Jusqu'alors, une PME de la Creuse avait peu d'espoir de convaincre un fonds : l'Ile-de-France canalise 50 % du capital investissement ! affirme Stéphane Jacquemet, consultant en stratégie financière. Aujourd'hui, la même PME a beaucoup plus de chances d'attirer un partenaire financier." Mais attention, votre siège social devra se situer sur le territoire choisi par le fonds. Inutile de contacter un FIP exclusivement bourguignon si votre entreprise est bordelaise. Pour les dirigeants, cette dimension régionale est plutôt une bonne chose : "On ne savait où trouver une société de capital investissement, on craignait de tomber sur un requin, raconte Alain Stehly, le PDG de Vitabri, une entreprise de Franche-Comté. Le fait d'avoir choisi un investisseur de la région qui connaît bien le tissu économique local, cela nous a rassurés."
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