Le réseau Entreprendre, union d'associations de dirigeants d'entreprise, favorise et encourage l'émergence de nouvelles entreprises créatrices d'emplois sur tout le territoire français.
PATRICK DARGENT, président du Réseau Entreprendre
Vous êtes président du Réseau Entreprendre. Quelle est la vocation de ce réseau, et dans quel contexte a-t-il été fondé ?Le Réseau Entreprendre, c'est d'abord l'histoire de la révolte d'un homme, chef d'entreprise, qui est amené à supprimer des centaines d'emplois parce que son secteur s'effondre. Cet homme, c'est André Mulliez, à l'époque aux manettes de Phildar. Il se dit alors que d'autres employeurs doivent prendre le relais et recréer ces emplois supprimés. Il s'attelle à cette tâche, d'abord sur Roubaix dans l'agglomération lilloise, puis dans le Nord. Son objectif : mobiliser les énergies pour accompagner de futurs chefs d'entreprise qui décident de développer une activité, avec à la clé une dizaine d'emplois à un horizon de 3 ans. Un certain nombre d'hommes se joignent alors à lui et c'est ainsi que naît le concept de l'association Entreprendre. Cette association, c'est en fait un groupe de chefs d'entreprise qui s'unissent sur un territoire autour de trois valeurs. La première : l'important, c'est l'homme, l'entrepreneur en tant que tel, dans ses particularités et ses compétences. La deuxième : la gratuité. Car, pour que l'accompagnement se fasse dans de bonnes conditions et qu'il soit efficace, on ne peut pas mélanger prise de participation et conseil. Enfin, troisième valeur, la réciprocité : « Tu trouveras bien les moyens de me rendre demain ce que je t'apporte aujourd'hui, pas à moi parce que sinon cela crée une chaîne qui se ferme, mais à quelqu'un d'autre, et tu auras sans doute autant de plaisir que moi à le faire. » C'est donc autour de ces valeurs qu'est née la première association. Puis, des gens de Rhône-Alpes se sont intéressés à leurs résultats et ont copié leurs méthodes. Ensuite, ce sont 3, 4, 5, 6 régions qui se sont lancées.
Vous en êtes à combien d'associations aujourd'hui ?Aujourd'hui, il y en a 35, réparties sur tout le territoire. Ce chiffre grossit de 2 ou 3 par an. Au total, cela fait 2 700 chefs d'entreprise qui sont engagés et qui ont accompagné, en 2006, 409 nouveaux lauréats. Cela signifie que, depuis l'origine, nous avons consacré 2 500 lauréats en un peu plus de 20 ans, qui ont créé collectivement 30 000 emplois.
De façon très opérationnelle, quelles aides apportez-vous aux porteurs de projet ?
La première chose que nous proposons à un créateur qui tape à la porte d'une association Entreprendre, c'est d'étudier son projet avec lui. Nous lui demandons en effet de commencer par définir ce projet en une page ou deux. Ensuite, nous l'orientons vers ce qu'on appelle un parcours de validation. C'est-à-dire qu'il rencontre plusieurs chefs d'entreprise de l'association, qui auditent son projet, émettent des critiques, lui posent des questions, déterminent quelles sont ses forces et ses faiblesses. Ensuite, c'est l'étape du comité d'engagement : le créateur présente son projet à 10 chefs d'entreprise qui doivent le « sélectionner » à l'unanimité pour qu'il soit lauréat. Par ce vote, les chefs d'entreprise disent : « Banco, on croit en toi pour ce projet ».
Un prêt d'honneur est alors accordé à la personne du créateur (entre 15 000 et 50 000 euros), remboursable sur 5 ans avec un différé de 18 mois, sans intérêt et sans garantie. Se met également en place une période d'accompagnement personnalisé de 2 ans et demi qui prend trois formes différentes. En premier lieu, un chef d'entreprise sera aux côtés du créateur, le rencontrera tous les mois pour parler de son projet. Ce n'est pas un spécialiste de son secteur, ce n'est donc pas un conseil technique qu'il apporte. Il est aux côtés du créateur pour entendre les bonnes et les mauvaises nouvelles, lui poser des questions, lui rappeler peut-être que s'il a une tendance très commerciale il faut aussi qu'il pense gestion, que s'il a une tendance au contraire très prudente, il ne faut pas qu'il oublie d'aller vendre. Chaque créateur lauréat va également rencontrer ses collègues de promotion une fois par mois pendant 3 à 4 heures lors d'un déjeuner avec un expert qui intervient sur une problématique. Enfin, l'association est un réseau : « J'aimerais rencontrer quelqu'un dans la grande distribution, quelqu'un de l'association pourra peut-être m'ouvrir une porte, m'obtenir un rendez-vous ? »
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