Les Petits Chapelais habillent bébés et stars mondiales

nathalie Simonneaux, créatrice des Petits Chapelais
par Valérie Talmon

Nul besoin d'être un géant pour gagner les devantures des rues branchées de New York ! La preuve : Nathalie Simonneaux y est parvenue sans bouger de son atelier breton.

Piquée de couture depuis toute petite, devenue costumière pour le monde du spectacle parisien, Nathalie Simonneaux plaque tout en 1997 pour partir se ressourcer dans sa région d'origine, en Bretagne. Munie d'une antique machine à coudre, elle se fait une place dans la ferme familiale et commence à travailler sur ses propres créations. Nathalie jongle alors entre allocations chômage et petits boulots...
La suite tient presque du conte de fées made in Breizh : portée au pinacle par les " branchées " new-yorkaises, sa marque a, depuis, séduit des stars comme Madonna ou Kate Winslet. Aujourd'hui, l'entreprise de Nathalie Simonneaux fait des bénéfices, la créatrice veille sur quatre salariés et réfléchit à l'ouverture de nouvelles boutiques. Le plus beau ? À aucun moment, Nathalie Simonneaux n'a eu l'impression de monter une PME. Comme quoi, créer léger, c'est possible !

Miser sur l'esprit de famille
Les Petits Chapelais, c'est d'abord une affaire de famille. Sans contacts professionnels dans le secteur du vêtement, dépourvue de carnet d'adresses prestigieux, Nathalie Simonneaux a mobilisé toute sa tribu derrière son projet. Première appelée : sa soeur, Dominique, établie à New York. À dire vrai, c'est même Dominique qui a allumé la flamme de l'entrepreneuse chez Nathalie. Car au départ, l'ambition de la créatrice était mesurée : il s'agissait uniquement de coudre des vêtements pour le bébé de sa soeur installée aux États-Unis. Mais rapidement, ses créations colorées, pratiques, ludiques, bref, différentes, attirent les regards américains. Et les amies new-yorkaises de la Bretonne exilée tombent sous le charme. Du coup, un premier système se met en place : Nathalie imagine, crée et coud - des vêtements pour les mamans viennent compléter la gamme " bébé " -, et sa soeur Dominique, de l'autre côté de l'Atlantique, vend. Un business est né...
Retour en France. Les parents de Nathalie, qui habitent la ferme où la créatrice a installé son atelier, apportent eux aussi leur pierre à l'édifice de réussite : " Ils ont été très disponibles, m'ont encouragée, et surtout ont gardé mes enfants très souvent. C'est indispensable d'avoir cette tranquillité pour travailler ", se souvient Nathalie. Troisième maillon enfin : Gilles, le frère, également embarqué dans l'aventure, sur le versant comptabilité : " Gilles est agriculteur. Autant dire que les comptes, il connaît ! C'est donc lui qui s'occupe de la gestion ", précise la créatrice.
Poussant la logique familiale jusqu'au bout, Nathalie a choisi d'appeler ses créations d'après le nom de la ferme familiale : " Les Petits Chapelais ". Mieux, elle a transformé cette french touch en véritable argument stratégique. Ainsi, Nathalie a été jusqu'à coudre sur certains de ses modèles d'anciennes photos sérigraphiées de la ferme... Incroyable mais vrai : Madonna ou Julia Roberts, aficionados déclarées de la créatrice française, portent peut-être sur elles un petit bout de terroir breton !

Déléguer les tâches " ingrates "
Créatrice dans l'âme, Nathalie Simonneaux se voit avant tout comme une styliste, et non comme une chef d'entreprise. Par conséquent, la jeune femme a souhaité déléguer autant que possible des problématiques telles que la distribution et la fabrication.
La commercialisation, tout d'abord. Au départ, c'est Dominique, la soeur de Nathalie, qui a tout pris en main. Après avoir démarché les boutiques new-yorkaises pour laisser quelques vêtements en dépôt, Dominique a ensuite organisé des réunions de vente à domicile sur le modèle " Tupperware ". Et c'est seulement avec le développement des ventes qu'elle a finalement ouvert une boutique en 2001 dans un quartier chic et branché de la Grosse Pomme, Soho. Au niveau des ventes européennes, Nathalie Simonneaux a également choisi de passer par un tiers : " Comme nous souhaitons nous développer en Europe, je viens de signer avec un agent commercial en Angleterre. Je l'ai trouvé par un réseau de connaissances à Londres, car je souhaitais quelqu'un qui ait de l'expérience. Ma soeur a d'ailleurs fait de même et a trouvé un agent commercial, une femme de San Francisco. " Pour répondre aux demandes de clientes lointaines sans prendre de risques en terme d'implantation, Nathalie est également en train de mettre en place un site Internet de vente en ligne. Enfin, depuis 2004, Les Petits Chapelais disposent d'une boutique à Rennes.
Pour ce qui concerne la fabrication, même logique. Avec la vente de plus de 20 000 pièces par an, Nathalie a vite dû se rendre à l'évidence : il lui était devenu impossible de fabriquer elle-même tous ses vêtements. Mais recruter des employées pour effectuer le travail de confection lui semblait trop lourd. Elle a donc opté pour une troisième solution, la sous-traitance à des professionnels : " J'ai contacté trois ateliers de confection, ce qui m'a permis de prendre mon temps pour les tester. Ensuite, j'ai choisi de ne travailler qu'avec un seul ", explique-t-elle. Car sous-traiter demande une relation de confiance énorme. Plutôt que de viser à tout prix le fabricant le moins cher, la créatrice a donc opté pour une PME bretonne, Brocéliande Confection. Manière, une fois de plus, de privilégier la proximité : " Nous ne sommes qu'à 45 kilomètres de distance. Cela me permet d'y aller très souvent, pour prendre les colis, précise la créatrice. En revanche, je continue à coudre des accessoires et des pièces sur mesure dans mon atelier : c'est important pour moi. "
Il faut dire que la création d'entreprise est venue à Nathalie Simonneaux presque par hasard : " Quand je me suis lancée, je ne pensais pas que cela prendrait une telle ampleur, sourit la créatrice. Le succès est venu petit à petit. Je savais coudre, mais pas gérer une structure. En réalité, je ne connaissais rien au monde de l'entreprise ". Et hélas pour elle, les organismes auxquels elle s'adresse ne l'aident guère... " J'ai suivi une formation à la création d'entreprise avec les boutiques de gestion. Durant celle-ci, les conseillers n'ont cessé de me décourager. " Têtue, Nathalie a tout de même insisté et finalement opté pour le statut qui lui paraissait le plus simple et le plus " léger " : celui d'entreprise individuelle, avec le régime fiscal de la micro-entreprise.

Opter pour un statut léger
Des options astucieuses, mais temporaires. Car la production augmente, et Nathalie Simonneaux doit vite s'adapter. Avec l'ouverture de sa boutique à Rennes en 2004 et l'embauche de plusieurs salariés, il est clair que le statut d'entreprise individuelle ne peut plus lui convenir. " J'avais aussi besoin d'aide car, au fil des mois, j'avais l'impression de me disperser et de ne plus trouver de temps pour la création des collections. " Gilles, le frère, décide ainsi de devenir l'associé officiel de Nathalie dans le cadre d'une SARL où il apporte 20 000 euros au capital. Depuis cette " restructuration ", Nathalie Simonneaux a évidemment plus de facilités à trouver des financements. Surtout qu'elle sait s'adresser à la bonne personne ! " Ma chance, c'est de traiter avec le banquier de ma commune. L'avantage, c'est non seulement la proximité géographique mais aussi relationnelle : mon banquier connaît très bien la famille grâce à la ferme, et mon activité est pour lui synonyme de solidité. " Aucun doute : Les Petits Chapelais sont devenus grands.

Comment se développer aux États-Unis ? :

Les Petits Chapelais, c'est aujourd'hui un vrai succès, essentiellement à... New York, où Nathalie Simonneaux réalise 85 % de son chiffre d'affaires. Heureusement pour elle, la créatrice a pu compter sur sa soeur, new yorkaise d'adoption, pour mettre le pied dans la Grosse Pomme. Car l'ouverture d'une boutique aux États-Unis relève vite du casse-tête quand on n'est pas sur place ! Voici pourquoi Nathalie a tenu à séparer sa propre structure française de la boutique américaine : " Je vends les vêtements à ma soeur comme s'il s'agissait de n'importe quel client. C'est plus clair pour moi et pour la comptabilité. De son côté, Dominique a trouvé son local grâce à ses relations personnelles sur place. "
Si l'idée vous tente, attention : il n'existe pas aux USA de législation réglementant les obligations entre bailleurs et preneurs. Le bail est la seule base liant les deux parties. Il est donc conseillé de bien l'étudier et de l'assortir de clauses de sortie en cas d'échec.


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