Les faussaires ne se limitent pas à copier Lacoste et Vuitton. Ils s'attaquent aux " petits ". Qui peinent à se défendre.
Ce patron d'une petite PME de la Haute-Marne, qui fabrique des outils pour
l'automobile, n'est pas du genre à s'en laisser compter : "Lorsque j'ai découvert qu'une copie de nos
pinces était commercialisée aux États-Unis, j'ai attaqué en justice",
témoigne Pascal Gillet. Deux ans plus tard, l'entrepreneur ne cache pas son
amertume : "La procédure était partie pour durer.
Après avoir dépensé 800 000 dollars en frais d'avocat, j'ai dû jeter
l'éponge pour ne pas risquer de finir sur la paille." Il était pourtant
dans son droit. Car il avait pris soin de protéger son produit, en déposant un
brevet aux États-Unis. Mais son rival était en position de force : "Il maîtrisait les ficelles du droit américain et
avait les moyens de jouer la montre", analyse son adversaire
malheureux.
L'histoire de la société Gillet Outillage n'est pas un cas exceptionnel. La
contrefaçon touche de plus en plus d'entreprises. Selon un rapport de l'Union
des fabricants, qui fédère 700 sociétés et 50 organisations professionnelles,
une entreprise sur deux serait concernée par le problème. Quelles que soient sa
taille, son activité, et sa notoriété. Fini le temps où il fallait s'appeler
Vuitton, Cartier ou Lacoste pour susciter la convoitise des faussaires. Les
statistiques douanières le prouvent. Depuis une dizaine d'années, la proportion
des saisies de produits de luxe diminue régulièrement. En 2002, elles ont
représenté à peine 2 % des prises. Résultat : au hit-parade de la contrefaçon,
les montres, parfums, et autres vêtements de marque, se font désormais damer le
pion par les robots de cuisine, les jouets, et les pièces automobiles.
Les faussaires copient même les médicaments
Aujourd'hui, tout se copie, même les écharpes des clubs de football, les
plaquettes de médicaments, et les nains de jardins, comme l'indique l'inventaire
à la Prévert des objets interceptés par les douanes européennes. Difficile de
chiffrer le préjudice subi. Une chose est sûre, il est conséquent. Six milliards
d'euros en France d'après les estimations. Les entreprises copiées sont d'abord
pénalisées sur le plan commercial. Car les faussaires pratiquent des prix de
vente largement inférieurs. Ils font l'impasse sur les coûts de recherche et
développement, et de lancement du produit, déjà supportés par d'autres. Et
rognent allègrement sur la qualité. Mais les dégâts se traduisent aussi en terme
d'image. C'est le cas lorsque les copies imitent la marque, les signes
distinctifs, ou l'emballage des produits originaux, de façon à créer la
confusion dans l'esprit des acheteurs. Du fait de leur piètre qualité, voire des
risques qu'elles font courir à l'utilisateur - témoin ces batteries de
téléphones portables qui explosent -, les copies contribuent à jeter le doute
dans l'esprit des consommateurs.
Le comble de l'histoire est que beaucoup d'entreprises ignorent purement et
simplement le phénomène. Lorsqu'un patron découvre le pot aux roses, c'est
généralement par le fruit du hasard. "Alors que
nous exposions notre collection de lunettes sur un salon parisien, nous
avons eu la surprise de tomber sur des copies de nos montures, quelques
stands plus loin", s'étonne encore Jérôme Colin, dirigeant d'Oxibis,
une PME jurassienne de 40 salariés. Même découverte fortuite pour Christophe
Feron de la société AMDP, un fabricant de matériel de rôdage pour l'industrie
automobile, parti en visite chez un constructeur : "C'est en faisant le tour des ateliers que j'ai
découvert des copies de nos outils de rôdage, achetés en toute bonne foi à
l'un de nos concurrent."
Ils écoulent leurs produits sur des sites
d'enchères
Il est vrai que les petits entrepreneurs n'ont guère le temps, ni la présence
d'esprit, de se consacrer à cette chasse aux imitations. Il existe pourtant des
moyens de dépister cette concurrence déloyale : "Les salons professionnels sont une vraie mine d'or, explique Bertrand
Léon, patron du cabinet d'intelligence économique Roche Investigation, qui piste
les contrefacteurs et collecte des preuves pour le compte de ses clients. On fait aussi de belles trouvailles dans les
brocantes, les solderies, et sur les marchés..." Autre piste payante,
la veille sur Internet. Elle s'avère d'autant plus efficace que la revente de
contrefaçons sur le web est en plein développement, comme le pointe l'Union des
fabricants. Notamment sur les sites d'enchères en ligne comme Ebay, qui a
d'ailleurs pris l'initiative d'instituer une charte de bonne conduite relative
aux produits contrefaits.
Pour ceux qui découvrent le pot aux roses, le choc est rude. Ils se croyaient
protégés par un brevet. Et s'aperçoivent que des fabricants indélicats revendent
dans leur dos, depuis longtemps parfois, le fruit de leurs idées : "J'étais persuadée qu'en brevetant mon produit,
je serais à l'abri. Je réalise qu'il n'en est rien", constate avec
dépit Monique Teinturier, gérante de la société Alnor, dont l'astucieux concept
de fermeture de porte " anti-pince doigt " a été plagié par trois concurrents. La
dragée est d'autant plus dure à avaler que le dépôt des titres de propriété
industrielle et leur renouvellement coûtent cher.
Une protection internationale se chiffre vite en centaines d'euros par an, à
multiplier par le nombre de brevets en jeu bien sûr... "À ce prix-là, on serait en droit d'attendre une
véritable sécurité", s'insurge la chef d'entreprise. C'est loin d'être
le cas. Malgré leur coût, les titres de propriété industrielle - brevets,
marques, dessins ou modèles déposés - n'ont qu'une portée limitée. Celle de
conférer à leur titulaire la paternité et l'antériorité de son idée. Mais pas de
faire cesser le préjudice.
Peu préparés à affronter le problème, souvent mal informés, les chefs
d'entreprise réagissent en ordre dispersé. Certains font le dos rond, par peur
des représailles. Comme ce gérant de société, qui a retrouvé une copie de son
produit dans un catalogue de vente par correspondance spécialisé : "Si je veux garder une chance de travailler un
jour avec ce gros vépéciste, je ne vais pas m'amuser à lui faire un
procès." D'autres commencent par envoyer des coups de semonce, sous forme
de lettres recommandées, pour intimider les fautifs. Au bout du compte,
l'efficacité est aléatoire. Lorsque le contrefacteur est de bonne foi, parce
qu'il a simplement oublié de se renseigner sur l'existence d'un droit de
propriété industrielle, il obtempère de bonne grâce. Dans le cas contraire, la
menace reste lettre morte.
Certains passent à la vitesse supérieure, en saisissant le tribunal de grande
instance, pour obtenir l'autorisation de procéder à une saisie-contrefaçon.
C'est une mesure d'urgence qui permet au plaignant de se rendre chez le
fabricant ou le revendeur en compagnie d'un huissier et d'un officier de police
judiciaire. Objectif : constater le délit et saisir des échantillons, afin de
constituer des pièces à conviction en vue du procès. "On a choisi cette option, car c'était la
meilleure façon de réunir des preuves", témoigne Christophe Feron, de
la société AMDP. Cette procédure est pourtant peu utilisée. Car si elle est
efficace et rapide - quelques jours suffisent pour obtenir l'injonction -, elle
est contraignante. La copie doit reproduire toutes les caractéristiques du
produit original, et le plaignant doit nécessairement intenter une action en
justice dans les quinze jours.
Reste enfin la voie du procès : "Beaucoup de
petits chefs d'entreprise réagissent à chaud de manière très affective. Ils
se sentent spoliés, dépossédés de leurs efforts, et veulent à tout prix
obtenir vengeance sur la place publique, au-delà de la simple réparation du
préjudice subi, analyse Pierre Breese, président du cabinet de conseil
en propriété industrielle Breese Derambure Majerowicz. Mais le contentieux n'est pas une fin en soi. Il
faut se garder de toute approche affective et être réaliste. Lancer une
campagne de publicité, ou relancer un processus d'innovation afin de
reprendre la main commercialement, peut s'avérer plus payant que de financer
un contentieux."
50 000 euros pour plaider une affaire de
contrefaçon
À ce stade de la réflexion, et malgré l'envie d'en découdre, le coût des
procédures en dissuade plus d'un. Entre les frais d'avocat et les éventuelles
expertises, l'addition grimpe rapidement : "La
moyenne des honoraires facturés dans ce type d'affaire tourne autour de 50
000 euros", chiffre Pierre Breese. Une coquette somme, pour de petites
entreprises dont la trésorerie est par définition limitée. Quant aux tarifs
pratiqués à l'étranger, ils sont parfois purement et simplement rédhibitoires.
La facture est en moyenne trois fois plus élevée en Allemagne et cinq fois plus
salée en Angleterre. La palme revenant aux États-Unis, où "les honoraires se chiffrent généralement en
millions de dollars", selon l'expert.
La plupart des affaires se concluent avant
l'audience
Coûteuses, les procédures judiciaires sont aussi longues à aboutir. Un
contentieux dure généralement 2 à 5 ans, si le dossier est plaidé en
France bien sûr, car les délais peuvent être plus longs à l'étranger. Dans tous
les cas, mieux vaut être patient et avoir les nerfs solides, car l'assignation
en justice du contrefacteur ne suffit pas à interrompre le préjudice : "Pendant que vous comptez les mois, il continue
d'écouler ses stocks", témoigne Christian Louis, un parfumeur dont le
dossier va enfin passer à l'audience après quatre années d'attente.
Jusqu'au jugement final, la part d'incertitude demeure. La législation française
a beau avoir une réputation de fermeté à l'égard de la contrefaçon - les
sanctions ont d'ailleurs été renforcées avec la loi du 9 mars 2004, qui a fait
passer les peines d'emprisonnement de 2 à 3 ans et les amendes de 150 000
à 300 000 euros -, la part d'interprétation laissée aux juges est importante, et
les décisions se jouent souvent sur des détails, liés aux formulations utilisées
pour la rédaction des brevets et de leurs revendications. Quant aux
indemnisations, elles sont déterminées en fonction du préjudice subi, un élément
qui reste toujours difficile à établir.
Pour ces multiples raisons, de nombreux contentieux s'éteignent avant leur terme,
les deux parties finissant par s'entendre sur un accord à l'amiable avant
l'audience. C'est une porte de sortie qui n'est pas déshonorante pour les
plaignants, dont le premier objectif est la cessation rapide de la contrefaçon.
Le fautif s'engage alors à arrêter de copier son concurrent, voire à lui acheter
une licence de fabrication. C'est ainsi que s'est soldé le dossier d'une petite
entreprise, fabriquant des cartes d'anniversaire sonores et lumineuses : "Le contrefacteur chinois a acheté une licence
pour son pays, mais aussi pour les États-Unis, raconte Pierre Breese,
où mon client, qui ne songeait sans doute pas
à s'implanter sur ce marché un jour, encaisse désormais des royalties."
Pour mieux couper l'herbe sous le pied des faussaires, certains contre-attaquent
également sur le terrain commercial : "Quand j'ai
appris que nos papiers-calques étaient copiés, j'ai accéléré notre
développement pour prendre les contrefacteurs de vitesse, explique
Émeric Thibierge, le pdg de Thibierge & Comar, un fabricant parisien de
papiers haut de gamme. En dix-huit mois, nous
avons introduit à marche forcée nos produits dans 45 pays, ce qui nous a
permis de prendre une longueur d'avance." Malgré un prix plus élevé,
ses produits sont leaders sur leurs marchés. Quant à Pascal Gillet, notre
fabricant de pinces automobile, échaudé par la lenteur de la justice américaine,
il a déclenché la riposte sur le terrain des prix et de l'offre : "Nous avons sorti une pince à peine plus chère,
mais de bien meilleure qualité, et nous avons élargi la gamme pour reprendre
des parts de marché." Pas question de se laisser marcher sur les pieds,
quand on est dans son bon droit !
Vêtements, pièces détachées d'automobile, jouets... Les contrefacteurs font feu
de tout bois. Ils se lancent même dans la copie de médicaments. Après l'Asie,
qui reste le premier producteur mondial de copies, le phénomène s'est étendu aux
pays du bassin méditerranéen, et récemment aux Pays de l'Est. Inventaire.
Vêtements
C'est l'un des bastions historiques de la contrefaçon. Le prêt-à-porter totalise
48 % des copies, les vêtements de sport 14 % et les accessoires (lunettes,
sacs...) 38 %. Les articles sont écoulés dans les braderies et sur les marchés.
Les marques connues restent les principales victimes.
Pièces automobile
Capots, plaquettes de freins, phares, filtres à huile... 5 à 10 % des pièces
détachées seraient contrefaites. Des garagistes peu scrupuleux les font passer
pour des pièces constructeur, alors que leur fiabilité n'est pas garantie. Et en
cas d'accident, les assureurs ne remboursent pas les dégâts.
Jouets
Une copie de la poupée Barbie est fabriquée toutes les 3 secondes en Asie. Entre
les peluches, poupées, et autres jouets, les fabricants déplorent un manque à
gagner de 5 à 7 %. La plupart des copies ne respectent pas les normes de
sécurité exigées en France.
CD, livres, logiciels
Après une baisse, le taux de piratage des logiciels professionnels repart à la
hausse (43 % de copies). Les éditeurs de jeux vidéo estiment pour leur part à 30
% la perte de chiffre d'affaires. La contrefaçon, très atomisée, est le fait de
réseaux organisés, mais aussi d'individus isolés.
Appareils domestiques
Avec un taux d'équipement des foyers de 83 %, le secteur suscite la convoitise.
Les articles de cuisine (poêles, robots ménagers, autocuiseurs) sont les plus
prisés. S'ils conservent l'esthétique des produits, les contrefacteurs
économisent sur les éléments fonctionnels et la sécurité.
Produits de grande consommation
Stylos, rasoirs, briquets, poudres de lessive, détergents, désodorisants... La
copie n'épargne aucun produit ou presque. Les contrefaçons sont en général
exportées vers les pays en développement, tels que les Pays de l'Est, le
Moyen-Orient, l'Afrique et l'Amérique latine.
Maroquinerie
Créneau très prisé des marques de luxe et de prestige, la maroquinerie attire les
contrefacteurs. Les sacs à main et les ceintures sont les produits les plus
imités. Les copies, identifiables par la piètre qualité des finitions, sont
écoulées sur les marchés et dans les magasins bas de gamme.
Médicaments
Environ 7 % des médicaments circulant dans le monde seraient des faux contenant
de l'eau, du café, du sucre, voire des substances médicamenteuses dosées de
manière approximative. Les pays les plus touchés sont ceux du tiers-monde. La
France est pour le moment épargnée.
Institut national de la propriété industrielle
:
L'Inpi délivre les titres de propriété industrielle (brevets, marques,
dessins et modèles) et informe le public sur la réglementation de la propriété
industrielle. www.inpi.fr.
Union des fabricants :
Cet organisme, qui
regroupe 700 entreprises et 50 fédérations professionnelles, est l'interlocuteur
des pouvoirs publics en matière de lutte contre la contrefaçon. Tél. 01 56 26 14 00.
Compagnie nationale des conseils en propriété
industrielle :
La CNPCI regroupe environ 600 cabinets de conseil
spécialisés dans le droit de la propriété industrielle, le droit d'auteur, des
marques, des dessins ou modèles. Un annuaire des professionnels est disponible
sur son site Internet. www.cncpi.fr.
Direction nationale des recherches et enquêtes
douanières :
Cette cellule spécialisée dans la contrefaçon procède, à
la demande des entreprises, à des contrôles et saisies. Elle travaille à partir
des fichesproduits descriptives que lui transmettent les fabricants. Tél. : 01 44 87 17 17.
Direction générale de la concurrence, de la
consommation et de la répression des fraudes :
Le bureau " Biens
d'équipement et de la consommation " de la DGCCRF intervient en cas de
contrefaçons susceptibles d'induire le consommateur en erreur. Tél. : 01 44 97 31 14.
Fiches-conseils de la propriété intellectuelle
:
L'Assemblée française des chambres de commerce et d'industrie publie sur
son site un guide pratique de la contrefaçon. Composé de 27 fiches, il donne des
conseils pour réagir et se protéger. www.acfci.cci.fr/innovation/
contrefaçon.htm.
Interview de Joël Darnaud, directeur général délégué d'OSEO qui nous présente les principaux mécanismes d'aide aux PME. Création d'entreprise, développement,...
La téléphonie d’entreprise sur Internet,
c’est simple quand Orange Business Services vous accompagne.
- vous gardez vos équipements téléphoniques
- votre budget télécoms est enfin prévisible
- pour Internet et la téléphonie : un seul contrat, une seule facture et un seul interlocuteur
Pour en savoir plus…
Société de négoce d'accessoire automobile créée en 1996 qui emploie 9 salariés. SA au capital de 150KE. 50% du CA réalisé à l'export.
Droit au bail. Local 70m2. Activité : esthétique, vente de produits de parfumerie, petite maroquinerie et accessoires. Ticket moyen : 40 à 80 €. 700 clients en fichier.
Bonjour à tous N'ayant pas trouvé comment contacter...
Hello, Je suis un Français installé en Angleterre...

Les présidents des commissions des Finances de l'Assemblée, Didier Migaud (PS), et du Sénat, Jean Arthuis (centriste), veulent faire sauter,...
La Bourse de New York a fini vendredi quasiment inchangée, résistant difficilement à une nouvelle envolée du pétrole et à...
A moins d'une semaine de l'assemblée général des actionnaires du 22 mai, les dirigeants du numéro deux française des SSII pourraient...