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Répondre à un marché public en ligne

120 milliards d'euros de commandes publiques par an ! Dommage de passer à côté. D'autant qu'Internet facilite largement l'accès aux offres.

Par Thibault Bertrand, le 01/04/2005

Petite révolution dans la passation des marchés publics ! Les dispositions du nouveau code, entré en vigueur début 2004, obligent les acheteurs publics à s'organiser pour recevoir les candidatures des entreprises via Internet. Cette mesure, rendue obligatoire en début d'année, ne concerne pas tous les marchés. Elle s'applique uniquement à ceux qui relèvent de la procédure dite " formalisée ". Autrement dit, ceux dont le montant est supérieur à 150 000 euros pour l'État et 230 000 pour les collectivités locales. Pour les autres marchés, c'est aux acheteurs de décider s'ils veulent proposer ou non une procédure dématérialisée.
Cette nouveauté simplifie la donne, puisqu'elle permet aux entreprises de réaliser l'intégralité des étapes de la procédure à partir d'un simple ordinateur relié à Internet. Il devient ainsi possible de consulter les appels d'offres, de télécharger les dossiers de candidature et de transmettre son offre, à toute heure du jour ou de la nuit.

L'accès aux dossiers est beaucoup plus rapide
Cette possibilité offerte aux entreprises présente d'autres avantages. À commencer par un gain de temps. Car l'envoi des documents par voie électronique - cela prend quelques minutes - est sensiblement plus rapide que les moyens d'expédition habituels, comme La Poste ou par transporteur. On peut ainsi facilement gagner un ou deux jours.
La dématérialisation constitue également une source d'économies puisqu'elle permet d'éviter les frais d'affranchissement des dossiers de candidature (soit le prix d'une lettre recommandée avec AR, ou d'un envoi par transporteur). Au final, les entreprises ne supportent que leurs coûts de connexion à Internet, puisque le service de dématérialisation est gratuit. Ce sont en effet les collectivités qui prennent à leur compte l'intégralité des coûts techniques.
Pour répondre à un marché public en ligne, il faut toutefois disposer des équipements nécessaires. Les entreprises doivent ainsi se procurer un certificat de signature électronique. Assimilable à une carte d'identité électronique, celui-ci comporte des informations permettant à son détenteur de s'identifier personnellement (nom, prénom, pays, entreprise...). Son coût est raisonnable. Il démarre à quelques dizaines d'euros par an. Doté d'une période de validité de 1 à 3 ans, en règle générale, il peut avoir d'autres utilités, comme payer sa TVA par Internet.
Ces certificats sont disponibles auprès d'organismes bancaires ou de prestataires spécialisés comme BNP Paribas (Net-Identity), le Crédit agricole (CA Certificat), ou encore Infogreffe (Certigreffe). La liste complète de ces organismes est d'ailleurs disponible sur l'ensemble des sites de marchés publics. Bien entendu, ces certificats sont compatibles avec les différentes plates-formes techniques des acheteurs publics en ligne. Il suffit donc d'en détenir un seul, pour se porter candidat sur tous leurs sites. Mais qu'en est-il de la sécurité et de la confidentialité des procédures dématérialisées ? Il faut savoir que les candidatures et les offres sont cryptées depuis le poste de l'utilisateur. Elles restent donc scellées et inviolables, par quiconque, jusqu'à leur ouverture par l'acheteur public. Pas de risque de ce côté-là donc.

Doubler son envoi par courrier aboutit au rejet
Quant aux virus informatiques, ils ne semblent pas poser de problèmes particuliers. "Les collectivités avec lesquelles nous sommes en contact n'en font guère état", commente Marie-José Palasz, à la direction des affaires juridiques du ministère de l'Économie. Et lorsque cela arrive, l'acheteur public qui décide de mettre le fichier en quarantaine est alors tenu d'en informer le candidat. Libre alors à ce dernier de tenter à nouveau sa chance, quitte à envoyer son dossier par La Poste cette fois.
Il est d'ailleurs utile de rappeler qu'il n'y a aucune obligation de répondre en ligne à un appel d'offre dématérialisé. Il est tout à fait possible d'imprimer les documents, de les remplir à la main, et de les expédier sous enveloppe. De même, les entreprises ont toujours la possibilité de recevoir un document papier. Il suffit de le demander. Par contre, il ne faut jamais doubler son dépôt électronique d'un dépôt papier. Car le double envoi est un motif automatique de rejet.
Au fait, comment se comportent les 75 000 acheteurs publics vis-à-vis de la dématérialisation ? "Tous ne sont pas encore opérationnels, précise Marie-José Palasz. Mais on sent une accélération progressive de ceux qui se mettent au diapason, depuis la fin de l'année 2004."
Du côté des entreprises, en tout cas, on apprécie visiblement les avantages de la formule. Mais si l'on est friand de télécharger les informations sur Internet, on reste encore frileux face à l'envoi des offres par voie dématérialisée. Les comptages effectués sur le portail des marchés publics du ministère de la Défense, le prouvent : seules 210 candidatures ont été envoyées en ligne par les entreprises en 2004, pour 6 900 appels d'offres mis en ligne, et 50 000 téléchargements de dossiers de consultation. Toutes les autres sont arrivées par les voies d'acheminement classiques !
"La dématérialisation est toute récente, constate Marie-José Palasz, elle n'est pas encore entrée dans les moeurs, mais je pense qu'on va assister au même phénomène que pour la déclaration d'impôt par Internet." Après avoir connu un démarrage poussif, celle-ci rencontre aujourd'hui un succès fulgurant. Alors patience !
Comment ça marche ?
Pour candidater à un appel d'offres en ligne, il faut suivre les mêmes étapes que pour une procédure classique. La principale différence réside dans le fait que les documents sont échangés par voie électronique, et non par voie postale. Ce qui oblige à les signer " électroniquement ". Pour cela, le candidat doit impérativement posséder un certificat de signature électronique. Ce certificat, qui équivaut à une carte d'identité virtuelle, contient des informations personnelles permettant d'authentifier son propriétaire. Il peut se présenter sous la forme d'une carte à puce électronique, lisible dans un petit boîtier, relié à l'ordinateur. Plusieurs banques et prestataires spécialisés en proposent. Rien de plus simple. Les sites de marchés publics proposent un moteur de recherche qui permet d'accéder rapidement aux marchés visés. Selon les cas, on peut ainsi effectuer une recherche géographique (région, département, ville), sectorielle (fournitures, services, travaux), ou éventuellement par mot-clé. Pour télécharger le DCE (document de consultation des entreprises) qui décrit en détail le marché et ses conditions, ainsi que le formulaire de réponse, il faut remplir une fiche de renseignements indiquant ses coordonnées. Cette formalité est indispensable pour informer les candidats d'éventuelles modifications du marché. Les fichiers étant maintenant copiés sur le disque dur du candidat, il lui suffit d'ouvrir les fichiers, puis de les remplir en précisant le détail de ses prestations et en établissant son tarif. Pas besoin d'imprimer les formulaires. Au contraire, mieux vaut les compléter à l'écran, puisque ce sont ces fichiers qu'il faut retourner à l'acheteur. Il faut d'abord se connecter sur le site et cliquer sur le lien " répondre", à côté de l'offre choisie. Il ne reste plus qu'à sélectionner les fichiers de candidature complétés, puis à activer son certificat de signature électronique. Les documents sont alors cryptés, horodatés et transmis à l'acheteur public, qui en accuse réception.
5 sites de marchés publics en ligne
Ne vous attendez pas à trouver sur ces sites des milliers d'appels d'offres en ligne. Beaucoup de collectivités n'ont pas encore acquis le réflexe " dématérialisation ". Mais le nombre des marchés publiés progresse. On trouve sur la plupart de ces sites des fonctions d'alerte, permettant d'être averti de l'arrivée d'une nouvelle offre ciblée. Ce site est le portail officiel des marchés publics de l'État. Il regroupe les appels d'offres d'une quinzaine de ministères. Environ 450 marchés en ligne. L'éventail des besoins est large (équipements routiers, de santé, informatique, etc.). Simple d'utilisation. Il reprend la plate-forme technique éprouvée du site achatpublic.com. Pour des raisons stratégiques, le ministère de la Défense a le privilège de posséder sa propre plate-forme d'appels d'offres en ligne. 6 900 marchés publiés en 2004. Tous types de besoins (fournitures, services), à l'exception de l'armement. Complet. Nombreuses rubriques (documentation, méthodologie des marchés publics, glossaire). Filiale de grands groupes, dont la Caisse des dépôts et France Télécom, ce site est le pionnier du secteur. Environ 1 600 marchés en ligne, de toute nature. On peut y consulter 230 000 publicités d'appels d'offres. C'est le mieux pourvu. Très riche, il propose aussi des actualités, des dossiers, des interviews... Site lancé par une petite société de services spécialisée dans la dématérialisation des marchés publics. Environ 350 marchés et appels d'offres, divers et variés. Leur nombre augmente. Il a triplé en l'espace de 6 mois. Dommage qu'une partie des appels d'offres publiés ne permettent pas de répondre en ligne ! Lancé fin 2004 par le journal , ce site reprend les annonces publiées par ce titre et ses partenaires. 350 annonces de marchés publiées. Depuis le lancement, leur nombre double tous les deux mois. Très accessible. Mais la plupart des avis concernent des marchés passés par des collectivités d'Île-de-France.

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News 16/03/10