Donner un prix à ses prestations : pas toujours facile pour ceux qui exercent leur activité en libéral. Quelques repères indispensables avant de se lancer.
Tous les entrepreneurs exerçant en libéral sont passés par là : ce moment
fatidique où il faut donner un prix à ses prestations. Une étape plutôt délicate
pour certaines professions où l'on vend de l'immatériel, comme du conseil en
ressources humaines ou des formations. Mais l'enjeu est de taille. Car se
tromper sur ses tarifs peut coûter très cher. Aussi bien pour ceux qui
surestiment leurs services que pour ceux qui bradent leurs prestations.
Pratiquer un prix " acceptable " par vos clients mais en même temps conforme à vos
prétentions financières : tel est le casse-tête que vous devrez résoudre si
votre métier n'est pas réglementé. Voici donc quelques pistes qui devraient vous
permettre de pratiquer le " juste prix ". À vos calculettes !
Première étape, vous devez analyser votre marché et connaître les prix qui y sont
pratiqués. Ce sera un point de repère essentiel pour établir vos tarifs. Pour
certains, l'information sera facile à trouver, auprès de clients potentiels ou
de syndicats professionnels. Un graphiste indépendant pourra ainsi contacter des
agences de pub ou de design, un interprète, l'Association internationale des
interprètes de conférence (AIIC). Parfois, il suffit d'en discuter avec des
confrères ou de participer à des réunions professionnelles pour se faire une
opinion. Les chambres de commerce ou de métier ne sont pas non plus à négliger.
Et sur Internet, on peut aisément repérer les tarifs de ses concurrents.
Tous ne sont pas logés à la même enseigne
Mais dès que l'on aborde l'univers du conseil, les choses se compliquent, toutes
les spécialités n'étant pas forcément logées à la même enseigne. Mieux vaut
alors mener l'enquête. Xavier Bancel s'est bien renseigné sur le sujet avant de
se lancer début 2005 dans le conseil en industrie agroalimentaire (Inductiv') :
"Je me suis appuyé sur différentes sources
que j'ai ensuite recoupées", explique-t-il. En l'occurrence, des
consultants dont son ancienne société avait utilisé les services, et l'Institut
de formation aux métiers de conseil (IDCE). L'étude de marché qu'il a menée
auprès d'une trentaine d'industriels avant de créer sa boîte lui a également été
très utile.
Deuxième étape, se donner un objectif de revenu mensuel ou annuel que vous
diviserez par le nombre de jours facturés. D'après Yves-André Perez, le
directeur de l'IDCE, "un consultant qui marche
bien facture 120 jours par an". Attention, ne confondez pas jours
facturés et jours travaillés. Car, dans le consulting, une bonne partie de votre
temps sera consacrée à chercher de nouveaux clients, effectuer diverses tâches
administratives et se former pour ne pas être dépassé. "Grosso modo, cela représente la moitié du temps
de travail, estime Bernard Caux, président de la région Île-de-France à
la Chambre de l'ingénierie et du conseil en France (CICF). Si on travaille 100 jours, cela revient à 50
jours de chiffre d'affaires. C'est important de l'avoir à l'esprit."
L'exercice consiste ensuite à comparer vos exigences financières à ce qui se
pratique habituellement dans votre activité. D'évidence, vous ne devez pas être
trop décalé. Le but est de concilier la réalité du marché avec vos objectifs de
rémunération. Sachez encore que de ce chiffre d'affaires visé, il faut déduire
toutes les charges (cotisations sociales, téléphone, Internet, crédits, frais de
transport, etc.). En gros, vous ne garderez que la moitié des honoraires que
vous toucherez. Pour gagner 3 000 euros par mois (avant impôts), il faut en
facturer 6 000 !
Lâcher du lest pour les missions longue durée
Mais pas question pour autant de rester bloqué sur le prix que vous avez défini.
Dans bien des cas, il faut être souple dans la négociation et s'adapter aux
circonstances. Trop de rigidité, et vous pourriez laisser passer de belles
occasions de développer votre chiffre d'affaires. Cas classique, on vous propose
une mission longue durée. "Au-delà de 20 jours,
on peut être amené à baisser ses prix à la journée. On rentre dans une
logique de forfait", indique Yves-André Perez (IDCE). Attention de
vérifier que le prix global ne dépasse pas l'enveloppe budgétaire de
l'entreprise ou de l'administration concernée. Encore faut-il connaître le
montant de cette enveloppe, ce qui n'est pas toujours évident. Pour des missions
de longue durée, vous pouvez négocier une avance sur le montant global. Elle
pourra être de l'ordre de 20 %. On peut la justifier facilement : frais à
engager pour démarrer votre travail, obligation de refuser d'autres missions
pour se libérer pour une longue période...
Possible aussi de lâcher du lest si vous voulez décrocher un client prestigieux
qui servira ensuite de référence pour en attirer d'autres. Que cela ne vous
empêche pas de tenter d'obtenir une contrepartie à cet effort tarifaire : un
périmètre de mission plus important ou la promesse de travaux récurrents sur la
durée. "Pour un nouveau client, je peux faire un
effort si je pense que c'est intéressant sur le long terme. Mais je
prends garde de ne pas trop descendre !",
affirme Terence Jones, graphiste indépendant à Paris. En effet,
si la remise va trop loin (50 % par exemple), votre crédibilité risque d'en
prendre un coup.
Casser les prix, c'est souvent la tentation des indépendants débutants,
convaincus qu'ils se feront plus rapidement une clientèle. Mauvais calcul. Car
en étant trop bon marché, on se dévalorise. Des honoraires bien en dessous de la
moyenne peuvent faire craindre le pire quant à vos compétences. Tout aussi
gênant, certains de vos confrères pourraient vous reprocher de " tuer le marché ".
Enfin, en partant avec des prix planchers, vous aurez du mal à remonter la
pente. "Les entreprises travaillent en réseau.
Vos nouveaux contacts seront souvent au courant de ce que vous avez facturé
à leurs concurrents, explique Michel Paysant, animateur de
l'association Freelance en Europe. Ils ne
comprendront pas pourquoi vous leur demandez plus."
Démarrer trop bas, c'est s'engager dans une
spirale
Démarrer trop bas, c'est s'engager dans une spirale dont vous aurez du mal à
sortir. Mais c'est aussi brider ses revenus. Éric Hainaut, associé au cabinet
d'expertise comptable ComCom, spécialisé dans les métiers de l'art et de la
communication, a souvent affaire à des indépendants qui ont du mal à s'en sortir
tout en ayant l'impression de travailler beaucoup : "Dans ces cas-là, il y a souvent des prestations
sous-évaluées, déclare-t-il. Je leur
suggère de calculer le tarif horaire pour chaque client. Ce qui permet,
grâce à un banal tableau Excel, d'identifier les clients les moins rentables
pour lesquels il faudra trouver une solution. Évidemment, cela oblige
l'indépendant à calculer le temps passé sur chaque dossier. Mais à terme,
c'est très utile."
Rester ferme sur les prix n'est pas toujours une partie de plaisir. Certains
clients ont l'art de mettre la pression pour tirer les budgets à la baisse.
Mieux vaut se préparer à justifier vos tarifs. S'il le faut, n'hésitez pas à
mettre noir sur blanc vos arguments avant de vous exercer à l'oral. "C'est une véritable démarche commerciale qu'il
faut suivre, insiste Bernard Caux (CICF). Ce que beaucoup de consultants ont du mal à
réaliser parce qu'ils ont été souvent salariés dans un grand groupe où ils
n'avaient pas le souci de se vendre en permanence." Cécile Jorus, qui a
lancé récemment une activité de massages en entreprises ou à domicile (Ammea), a
vite compris qu'il fallait être prêt à négocier : "Si on me reproche un tarif plus élevé que celui d'un concurrent, j'ai un
argumentaire bien rodé, assure-t-elle. Je peux démontrer que cela ne correspond pas forcément aux mêmes
prestations ou aux mêmes services. Je mets aussi mes compétences et mon
professionnalisme dans la balance." Une stratégie payante d'autant que,
dans bien des cas, le prix n'est pas le premier critère de choix. L'expérience
et les compétences font souvent la différence. Ce qui préoccupe l'entreprise,
c'est avant tout l'efficacité du consultant.
Adapter sa stratégie à la taille de
l'entreprise
Tenir bon sur les prix ne signifie pas pour autant faire la même proposition à
tous vos clients. Entre un géant du Cac 40 et une très petite entreprise de
province, il faudra adapter votre stratégie tarifaire. Un grand groupe qui a
l'habitude de travailler avec des consultants jugera en priorité les qualités et
les compétences de l'intervenant. Le budget passera au second plan, surtout s'il
s'agit de projets stratégiques ou originaux. "Sur
des missions très pointues, je peux me permettre de me payer plus. Je sais
que la société est décidée à le faire car elle aura du mal à trouver
quelqu'un d'autre de compétent", explique Silvère Tajan, consultant en
informatique. Une PME de province qui connaît moins bien le marché du conseil
sera plus sensible au facteur prix. Pour la convaincre, vous pourrez toujours
lui signaler l'existence de subventions facilitant le recours au conseil, mises
en place par le Frac (Fonds régionaux d'aide au conseil).
Enfin, si vous êtes vraiment occupé, n'hésitez pas à faire monter les enchères.
"Si on parvient à se constituer un fonds de
clientèle régulière, on a plus de marge de négociation pour les autres
propositions", affirme Silvère Tajan. À l'indépendant débordé de se
débrouiller ensuite pour caser la mission dans son planning. Mais cela est une
autre histoire.
Consultant : Grand compte : de 900 à 1 200
euros. PME : de 600 à 900 euros.
Graphiste : En moyenne, 500 euros la journée.
Coach sportif : En moyenne, 40 euros la séance.
Sophrologue relaxologue : De 50 à 70 euros la
consultation.
Traducteur : En moyenne, 15 centimes d'euro le
mot.
Interprète de conférence : Entre 600 et 900
euros par jour.
Dépanneur informatique : 40 euros de l'heure.
* Montant brut - hors charges sociales, taxes et
frais.
"Rester ferme sur mon objectif de prix."
J'ai tenu compte de deux critères pour déterminer le montant de mes prestations :
les standards de prix pratiqués sur le marché du conseil pour des sociétés de
petite taille, et mes objectifs de rémunération. Depuis mes débuts de consultant
indépendant l'an passé, j'essaie d'être ferme sur le prix journalier ainsi
défini (NDLR : 1 000 euros par jour). Je fais peu de concessions. Sauf pour des missions de longue durée où
l'on peut se permettre de baisser. Récemment, j'ai facturé 700 euros par jour
mais la mission a duré 100 jours.
"Les prix du marché sont connus."
Je travaille en indépendant depuis février 2005. Avant, j'étais salarié en
agence. Au début, c'était un peu flou pour moi, d'autant que j'interviens aussi
bien dans l'édition papier que sur Internet, pour des missions plus ou moins
complexes. Finalement, je me suis servi de mes contacts, graphistes ou autres
relations professionnelles, pour y voir plus clair. Dans mon secteur d'activité,
les prix du marché sont connus. Sans s'éloigner de ces prix, je peux me payer
plus selon la complexité du travail confié (NDLR : entre 400 et 600 euros par jour). Mais il y a souvent des imprévus qui
n'apparaissent pas à la première réunion avec les clients !
" Peu de liberté tarifaire. "
Quand je travaille avec des agences, je n'ai pas beaucoup de liberté tarifaire.
Les prix sont fixés par contrat pour toute l'année et je lutte pour qu'ils ne
soient pas revus à la baisse. Avec des clients directs, j'ai un peu plus de
marge de manoeuvre pour les augmenter si mes délais sont très courts ou si le
sujet fait appel à des compétences très spécifiques. Il n'y a pas de tarif
standard dans la profession, tout le monde fait un peu sa cuisine dans son coin.
Mais je pense que je suis dans la moyenne du marché (NDLR : entre 10 et 15 centimes le mot).
Une tendance dans le consulting : la rémunération liée aux résultats progresse.
Sous la pression de certains clients, de plus en plus de consultants
indépendants sont amenés à lier une partie de leurs honoraires aux bénéfices
réalisés du fait de leur intervention. Pour Xavier Bancel (Inductiv'), on peut
l'envisager, mais " les critères de réussite doivent être clairement définis, et
l'accès aux comptes garanti ". Sans cette relation de confiance, mieux vaut
éviter d'accepter cette forme de rémunération. " Et, dans tous les cas, il faut
fuir une mission liée à 100 % au résultat. " C'est pourtant ce que propose le
cabinet Tobeconseil : " Nos services ne sont payants que si le client gagne plus
!", affirme l'un des associés, David Cochaux-Levitan. Mais le cabinet
n'intervient que s'il identifie des solutions pas trop onéreuses. " Ce sont des
boîtes fortes dans leur coeur de métier mais plus faibles dans des domaines
comme le marketing. " Son entreprise sera payée sur 40 ou 50 % des gains réalisés
par le client, en chiffre d'affaires ou en marge, selon les secteurs.
Contacts utiles
CICF (Chambre de l'ingénierie et du conseil en
France). L'organisation regroupe les ingénieurs-conseils, les bureaux d'études mais aussi
les consultants pour les affaires et la gestion.
3, rue Léon-Bonnat, 75016 Paris ; www.cicf.fr
Les associations régionales. Elles permettent
aux consultants débutants de s'insérer dans un réseau local et d'organiser des
rencontres avec des prescripteurs (CCI, chambre de métiers...). Elles sont
regroupées au sein de l'Ufarco (Union française des associations régionales de
consultants),
www.ufarco.com
Les offices régionaux d'information, de
formation et de formalités des professions libérales (Oriff-pl). Ils aident et
accompagnent les professionnels dans la création de leur activité.
Renseignements sur le site de l'Unapl (Union nationale des professions
libérales),
www.unapl.fr
À lire
S'installer à son compte, de Michel Paysant,
Éditions d'Organisation, 25 euros.
Travailler en solo, de Sandrine Chesnel et
Frédéric Mélot, Groupe Express éd., 10,50 euros.
1 : Casser les prix pour attirer des clients.
Inutile de brader vos prix même si vous êtes débutant. Car, par la suite, vous
aurez du mal à les augmenter. Tout se sait très vite, et vos prochains clients
ne comprendront pas pourquoi ils devraient vous payer plus cher que leur
concurrent. En pratiquant des prix en dessous de la moyenne du marché, vous
risquez aussi de vous dévaloriser. Vous éveillerez des doutes quant à vos
compétences.
2 : Fixer un tarif uniquement selon ses objectifs de
rémunération. Vous n'avez pas de points de repère pour définir vos
tarifs ? Calculez vos objectifs de rémunération. Mais vérifiez qu'ils sont en
phase avec les standards du marché. Pour en avoir une idée, n'hésitez pas à
contacter les organisations professionnelles. Elles vous donneront un aperçu des
fourchettes de prix pratiqués dans le secteur.
3 : Faire de vos tarifs une question d'ego.
Fixer ses prix, c'est aussi se donner une valeur personnelle, une image. Mais ne
laissez pas votre susceptibilité figer le jeu. Pour décrocher un gros client, il
faudra parfois faire preuve de souplesse, sans pour autant vous brader. Ne
faites pas de vos tarifs une question d'amour-propre, vous pourriez manquer de
bonnes affaires.
4 : Oublier de réactualiser ses prix.
L'environnement concurrentiel évolue vite. Tous les ans, vérifiez que vos prix
sont toujours valables. Même si vous n'êtes plus un débutant, n'oubliez jamais
de vous tenir au courant. Pour cela, participez à des manifestations
professionnelles ou échangez des informations avec d'autres collègues.
5 : Négliger de justifier ses tarifs. Avant
d'annoncer un prix, préparez-vous à le justifier auprès de votre interlocuteur.
Listez les arguments à donner dans le cas où votre client vous juge trop cher.
Cela arrive souvent. Mettez en avant vos compétences et votre expérience. Cette
démarche commerciale peut faire la différence.
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