Accueil - Développement - Export - Dossiers

Afrique du Sud : une mine d'opportunités

La nation « Arc-en-ciel » surfe sur une dynamique économique favorable. Le moment ou jamais de s’intéresser à ce pays attachant.

Par Bruno Askenazi, le 11/07/2008

Dans deux ans, l’Afrique du Sud sera le point chaud de la planète. La Coupe du monde de football 2010, la première à se dérouler en Afrique, stimule déjà quelques exportateurs français qui rêvent de conquérir un pays vaste comme deux fois la France. Il était temps, car si quelques grands groupes industriels (Peugeot, Danone, Suez, Michelin, Lafarge, Alcatel) y ont investi massivement, les PME françaises brillent pour l’instant par leur discrétion. Les raisons ? Une méconnaissance de cette terre lointaine éclipsée ces derniers temps par le décollage économique de la Chine et de l’Inde. Il est vrai que ce n’est qu’en 1994, avec la fin de l’apartheid, que la nation « arc-en-ciel » est sortie de son isolement politique et économique.
Avec le PIB le plus élevé du continent africain et une croissance de 5 % par an en moyenne, l’Afrique du Sud mérite pourtant que l’on s’y intéresse de près. « Pendant la période de l’apartheid, l’industrie sud-africaine, très isolée, a pris beaucoup de retard, explique Bernard Bourdier, de Bourdier et Cie, qui accompagne des entreprises dans l’aviation civile et l’aéronautique. Des marchés s’ouvrent pour fournir les biens et équipements nécessaires à la remise à niveau du pays. » De fait, les projets d’infrastructure font florès et créent des affaires à saisir pour des groupes ou des PME.

La classe moyenne dope la consommation

Les technologies de l’information, l’aéronautique et l’agro-industrie font partie des secteurs les plus ouverts. Pour les produits de grande consommation, le tableau est tout aussi favorable. Une classe moyenne noire, appelée « black diamond », émerge et dope la consommation. « La demande est grandissante ! Aussi les entreprises françaises, et celles du luxe notamment, devraient-elles se montrer plus offensives, le milieu leur étant très favorable », estimait Yves de Ricaud, chef de la mission économique de Johannesburg, lors d’un colloque sur l’Afrique du Sud organisé au Sénat l’an passé. Signe des temps, l’agence de notation internationale Fitch a fait passer cet été la cote de crédit du pays de stable à positif, en raison d’une meilleure croissance et de l’assainissement des finances publiques.

Un environnement juridique très fiable

Outre un contexte économique porteur, le marché est d’un abord plutôt facile malgré la distance (dix heures trente de vol).
En premier lieu, l’essentiel de l’activité économique se concentre dans quatre ou cinq grandes villes (Johannesburg, Le Cap, Pretoria, Durban) : « Tous les agents et les distributeurs sont présents dans ces grands centres urbains. Cela facilite l’approche, explique Patrick Ferron, directeur associé d’Altios International, une société d’accompagnement à l’export. Un seul distributeur pourra aisément couvrir tout le territoire. Par ailleurs, le marché bénéficie d’un environnement juridique très fiable qui vaut le nôtre et qui sécurise l’activité des exportateurs et des investisseurs. » Enfin, élément non négligeable, l’Afrique du Sud peut devenir une base idéale pour toucher de nouveaux marchés dans
la partie sud du continent, à commencer par tous les pays limitrophes (Namibie, Zimbabwe, Mozambique).
Mais l’Afrique du Sud n’a pas fini de payer l’addition de son lourd passé. La sortie de l’apartheid est un processus long et complexe. Le taux de chômage reste à un niveau élevé : 25 % environ, presque 50 % pour les noirs. Et encore, ces statistiques officielles ne tiennent pas compte de ceux qui ont renoncé à travailler faute de trouver un emploi et ont rejoint l’économie souterraine. Les conditions de vie difficiles, la violence, les problèmes de santé (le fléau du sida) : c’est la triste réalité des « townships », ces bidonvilles situés à la périphérie des grandes villes. Un déséquilibre social à l’origine de la forte criminalité qui caractérise aussi en négatif ce pays. Même si cette insécurité ne semble pas nuire à la conduite des affaires … surtout pour les pros des équipements de sécurité. « Les systèmes de contrôle et de sécurité sont omniprésents, c’est l’un des marchés les plus porteurs », ajoute Bernard Bourdier.
Pour les entreprises étrangères qui s’installent, la difficulté consiste surtout à trouver de la main-d’œuvre qualifiée. Les efforts de l’État sud-africain pour améliorer l’accès à l’éducation et la création d’écoles multiraciales mettent du temps à porter leurs fruits. Pourtant une nécessité afin que la Black Economic Empowerment, une politique de discrimination positive lancée en 2000, atteigne ses objectifs. La BEE (prononcez BII) consiste surtout à transférer une partie du capital des entreprises à des intérêts noirs et à favoriser le recrutement et la promotion de cadres noirs. Mais encore faut-il trouver des candidats suffisamment bien formés.
Aucun doute, l’investisseur doit intégrer la BEE dans sa stratégie, lorsqu’il monte une filiale ou crée une joint-venture par exemple. Indispensable pour accéder aux marchés publics et procédures d’appels d’offres. Les PME exportatrices sont également concernées : mieux vaut choisir un distributeur ou un importateur BEE. Tout en sachant que cela ne doit pas évidemment être le seul critère de sélection du partenaire local : la qualité des équipes, la couverture géographique, les conditions financières seront aussi déterminantes. Selon Bernard Bourdier, il y a « une multitude de distributeurs BEE mais leurs compétences sont très variables. Attention de ne pas déléguer trop vite les responsabilités. »    

Témoignage d'entrepreneur : Thalgo dans le bain sud-africain

Thalgo (60 millions d’euros de CA, 400 personnes) a un pied en Afrique du Sud. Cas classique, l’entreprise de cosmétiques à base d’ingrédients marins, présente dans 75 pays, a confié la vente de ses produits à un distributeur local : « Après un premier essai décevant, nous avons trouvé depuis trois ans le bon partenaire, raconte Brigitte Perdigal, export manager. Ce distributeur, dirigé par une femme, achète nos produits et les revend à des instituts de beauté ou à des spas d’hôtels de luxe. Il détient aussi son propre réseau de spas et compte des écoles d’esthéticiennes. » Cerise sur le gâteau, il couvre aussi quelques pays limitrophes comme le Botswana, la Namibie ou le Zimbabwe. « Les ventes progressent de 30 à 40 % par an. C’est encourageant même si on vient de loin, confie Brigitte Perdigal, qui reste optimiste. Le contexte économique est favorable, y compris pour des produits de beauté haut de gamme. » Quant à ses contacts sud-africains, difficile de leur trouver des défauts : « Mes interlocuteurs sont très carrés, réactifs et positifs, rarement dans le conflit. »
 

Avis d'expert : Henri de Villeneuve, conseiller du commerce extérieur


Quels sont les secteurs les plus dynamiques actuellement pour les exportateurs ?
Henri de Villeneuve : L’énergie, le matériel d’équipement minier, les télécoms troisième génération, l’hôtellerie, les produits de luxe…, mais on pourrait en citer d’autres. En revanche, les entreprises de biens de consommation à faible marge doivent s’abstenir.

La BEE, une politique de discrimination positive, représente-t-elle une contrainte pour un investisseur ?
H.deV. : Beaucoup la voient comme une contrainte alors qu’il faudrait la prendre comme une chance. C’est une façon de s’associer avec des gens qui étaient durant l’apartheid exclus du circuit et qui veulent briser le petit cercle économique traditionnel sud-africain. C’est une bouffée d’air frais. Quant à l’insécurité dont on parle beaucoup, elle affecte essentiellement le milieu noir. Johannesburg n’est pas plus risqué que Sào Paulo.

L’erreur à ne pas commettre ?
H.deV. : Ne pas s’intéresser à la culture de l’Afrique du Sud serait une faute. Il faut comprendre l’histoire exceptionnelle de ce pays et avoir de l’empathie pour ses habitants. Cela vous évitera quelques déconvenues.

News 28/08/08